Odeurs et senteurs de Carthage - Le Temps Tunisie
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L’éditorial

Odeurs et senteurs de Carthage

Samedi 1 Novembre 2014
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Pour déblayer le paysage politique et favoriser une offre présidentielle crédible, il faudra bien que bon nombre de candidats renoncent à une course désespérée et fassent amende honorable comme l’a fait Abderrahim Zouari qui, en se retirant, a déclaré que sa décision est dictée par « un devoir patriotique ». 

Le feront-ils ? Pas évident du tout. Se brûleront-ils les ailes s’ils persistent ? C’est probable. Ce qui est sûr, c’est que quelque part « Carthage » est banalisé, clochardisé même, alors que par ailleurs, au niveau des enjeux sérieux, les lobbies bougent, s’affronteront peut-être à travers les urnes. Et c’est d’autant plus vrai que Béji Caïd Essebsi est trop engagé pour se retirer de la course tandis qu’Ennahdha est, elle aussi, pour sa part, trop impliquée dans sa suggestion de président consensuel. 

Maintenant se pose, déjà, une épineuse question d’ordre institutionnel et politique. 

Institutionnel dans la mesure où la constitution, accoucheuse d’un régime parlementaire, n’exclut pas que le Chef du gouvernement et le Président de la République émanent du même parti. Même le Président de la future Assemblée du Peuple peut en émaner. Ceci sur le plan institutionnel.

Sur le plan politique, néanmoins, la concentration des pouvoirs (essentiellement exécutifs) effraie les Tunisiens : ils y verraient les réminiscences, sinon les signes d’un retour à la dictature, fût-elle drapée d’un habillage démocratique. 

Oui mais sauf que, dans la réalité des faits, le parti relativement gagnant (Nidaâ Tounès) se retrouve déjà les mains liées parce qu’en face le parti tout aussi relativement « perdant » pèsera de tout son poids dans les décisions, et dans l’adoption des lois. Parce que, déjà, il faut bien prendre en considération un scénario qui pourrait paraître surréaliste. A savoir que si ses alliés conjoncturels de 2011 ont subi une véritable débâcle, Rached Ghannouchi et les siens les éjecteront de leurs stratégies, se rabattront sur d’autres forces montantes et grignoteront encore des sièges alliés dans l’hémicycle. Cette marge d’alliances n’est justement pas donnée à Béji Caïd Essebsi. Comment manœuvrera-t-il ? 

Peut-être, sans doute, se serait-on passé d’une telle configuration (celle qui a émané des urnes le 26 octobre) si la Présidentielle avait précédé les législatives. Cela aurait pu donner une vraie cohabitation à la française, quand le parti gagnant à la présidentielle, se retrouve systématiquement minoritaire, deux ans après dans les législatives. Or chez nous, c’est l’inverse qui s’est produit. La charrue devant les bœufs, en somme… 

Raouf KHALSI