Deux pôles et rien que ça ? Pas si évident… - Le Temps Tunisie
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2018

L’éditorial

Deux pôles et rien que ça ? Pas si évident…

Jeudi 30 Octobre 2014
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La partie n’est pas encore jouée. Au delà des résultats qui vont pèsent, ou qui pèsent déjà de sérieuses problématiques d’alliances et de contre-alliances, la configuration de l’Assemblée du peuple ne se dessinera pas avec la facilité qu’on pourrait croire du fait que Nidaâ Tounès, même s’il racle dans tous les tiroirs destouriens, n’aura pas la majorité confortable et du fait aussi que, paradoxalement, c’est le parti « défait » (toujours les guillemets), Ennahdha qui a une plus grande marge de manœuvre. L’émergence de l’UPL de Slim Riahi et l’adhésion qu’a récoltée le Front Populaire grâce à ses martyrs Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, peuvent parfaitement jouer le rôle d’arbitres. Sauf que, sur le papier, Slim Riahi dont le parti n’exprime pas d’idéologie précise a tendance d’après toutes ses interventions à fonctionner aux affinités personnelles, pas forcément électives. Les frondes exprimées à l’endroit de Béji Caïd Essebsi laissent entendre que son parti est bien loin de Nidaâ Tounès. En fait la trame de cette incompatibilité d’humeur pourrait aussi tenir à la haine viscérale que voue Slim Riahi aux Bourguibistes. Comme elle pourrait tenir, côté Caïd Essebsi à son aversion contre ceux qu’il appelle les « opportunistes » et comme Bourguiba – qui méprisait l’argent – contre l’amalgame entre affairisme et politique. Est-ce à dire que l’UPL se rapprochera d’Ennahdha ou plutôt l’inverse, nuance qu’il faut bien apprécier à sa juste valeur ? 

Pour autant, la réalité des faits est là : l’UPL est une réalité politique, avec ses cases bien tracées sur l’échiquier. A qui damera-t-il le pion ? Trop tôt sans doute pour y répondre parce que Slim Riahi brigue la présidentielle. 

En revanche, comme l’a clairement souligné Mbarka Brahmi  (qui n’a pas volé son siège), quelles que soient les pesanteurs politiques, le Front Populaire choisit de rester fidèle à sa vocation : l’opposition. Ses partisans se considèrent comme les instigateurs du « sit-in du martyr » - oubliant par la même l’apport des femmes libérales et de la société civile – grande manifestation qui a obligé la Troïka II à quitter le pouvoir (même si Ben Jaâfar et Marzouki sont restés en place) et qui a infléchi l’avènement de deux facteurs ayant stabilisé le pays : le Dialogue National et le gouvernement Jomaâ. Pourquoi un mouvement d’extrême gauche, qui s’était pourtant allié au « conglomérat » pluri-idéologique du 18 octobre 2005 dont les militants d’Ennahdha, s’est-il copieusement éloigné de cette dernière, mais sans jamais faire de clin d’œil à Nidaâ Tounès ? Ses militants ne le disent pas ouvertement. 

Mais dans leurs contraintes idéologiques ce serait choisir entre Ennahdha et Nidaâ Tounès, ce qui équivaudrait à choisir entre la peste et le cholera. Autant dire donc que la future configuration du paysage politique ne sera pas tranchante dans le sens de la bipolarité, une vision toute américaine… 

Raouf KHALSI