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Les urnes n’ont pas fait que comptabiliser les voix, elles inspirent aussi des sentiments contradictoires

Espoirs et appréhensions

Mardi 28 Octobre 2014
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• «Nida Tounès est appelé à ne pas attraper la grosse tête», affirme Mustapha Tlili • «Celles et ceux qui ont voté, l’ont fait contre et non pour une liste», précise Kaïes Sayed • «J’ai peur du manque de maturité des partis démocratiques», prévient Neïla

Les élections législatives de dimanche viennent à point pour remodeler le paysage politique. Certains appréhendaient ce rendez-vous électoral avec la peur omniprésente de la menace terroristes, l’opération d’Oued Ellil tomba à pic pour redonner confiance et sérénité à une population fortement apeurée. Enfin le scrutin s’est déroulé, dans un climat rassurant. Enfin, le pays va se doter d’instances permanentes. La page du provisoire est tournée définitivement en attendant la présidentielle. Quel message a donné l’électeur aux élites politiques ? Le taux de participation s’élevant à 61,8% traduit un manque d’affluence surtout du côté des jeunes. La classe politique saura-t-elle comprendre, ce peu d’empressement à aller voter ? Comment expliquer le recul d’Ennahdha et surtout des partis qui étaient ses alliées ?

 

L’universitaire Mustapha Tlili, pense que le peuple a exprimé son refus de l’expérience du Gouvernement de la Troïka. Il déclare au Temps : « le vote favorable à Nida Tounès, est fait pour sanctionner le rendement très négatif, parfois aux conséquences dangereuses sur le pays, de la Troïka. Nida Tounès est appelé à ne pas avoir la grosse tête. Les Tunisiens ont plusieurs attentes. Il doit réagir de façon modeste devant leur position comme premier parti. Les Tunisiens ne respectent pas les hommes politiques arrogants et regardent d’en haut les autres. Il doit agir de façon calme, rationnelle et patriotique. Des pas positifs ont été franchis par la Tunisie dans le sens de la transition démocratique et l’alternance pacifique au pouvoir. Quant à Ennahdha, elle doit tirer les leçons et faire faire le bilan de son passage au pouvoir. Elle doit se transformer en un mouvement politique tunisien et s’éloigner du projet des Frères musulmans. Le fait qu’elle reste prisonnière de vision des Frères musulmans, lui a causé un énorme préjudice. Elle peut reprendre du terrain, si elle saura se muer en un mouvement politique, civil, conservateur sans instrumentaliser la religion. Quels que soient les résultats définitifs des élections, la société tunisienne a dit son mot. Il s’agit d’un refus des Frères musulmans et leurs alliés, Ettakattol et le CPR. Les candidats à l’élection présidentielle doivent tirer toutes les leçons des résultats des législatives ».    
Le constitutionnaliste Kaïes Sayed considère que ce qui s’est passé le 26 octobre est un vote sanction par excellence contre la majorité qui était au pouvoir. Il déclare au Temps : « celles et ceux qui ont voté, ont voté contre et non pour une liste. Ensuite on parle d’un taux de participation aux alentours de 60%. Le nombre des votants, dimanche, est bien inférieur à celui de 2011. La grande majorité des Tunisiens, les deux tiers des Tunisiens qui sont en mesure de voter ne l’ont pas fait. Le message qui a été adressé, surtout par les jeunes tunisiens, est celui d’un certain rejet de la classe politique. Cette classe ne  se soucie pas ou très peu de se poser la question du pourquoi du boycottage du scrutin. Le problème concerne la formation du Gouvernement et les crises politiques qui vont s’en suivre, sont de nature à creuser davantage cet écart, entre la classe politique et la majorité des Tunisiens ».
L’universitaire Neïla Sellini est partagée entre sentiments d’apaisement et de craintes.  Elle déclare au Temps : « c’est le repos du guerrier. Nous avions entamé une guerre durant trois années, idéologique, culturelle et sociale. Au moment où certains semaient le doute quant à la maturité du peuple, celui-ci a montré qu’il comprend tout. J’ai tout de même peur de l’avenir. Il faut être réaliste. Si Nida Tounès trahit la volonté de ce peuple, il sera sanctionné. Il en est de même pour le Front populaire. Le peuple a fait son choix pour le Front démocratique. S’il s’allie à Ennahdha, bonjour les dégâts. J’ai aussi peur du manque de maturité des partis démocratiques. S’ils avaient fait un front électoral, ça aurait été mieux. Il y a toujours ceux qui votent pour les islamistes. J’ai vu de mes propres yeux, à Hammam-Lif, ceux qui donnaient de l’argent aux citoyens devant les regards des observateurs. L’argent politique a bien coulé dans ces élections. Il faut être sur ses gardes. Nous avons une autre guerre, une bonne guerre, pour aider ce peuple à retrouver sa voie. L’abstention des jeunes m’inquiète. Nous avons des étudiants qui ne réagissent plus à la situation de leur pays. J’ai des craintes pour le proche avenir de la Tunisie, car ces jeunes seront les adultes de demain. Sinon, les autres problèmes peuvent être résolus. Il est grand temps que la Tunisie se mette debout. Les principes de la citoyenneté doivent s’imposer. Les pays arabes nous envient pour l’éducation à la citoyenneté. Par ailleurs, les Tunisiens n’ont pas fêté leur Révolution. Il est temps de le faire. Tous les peuples qui ont fait une Révolution l’ont fêtée. La société civile pourra organiser une fête. »

Hassine BOUAZRA

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