Caïd Essebi, Ghannouchi et… Einstein - Le Temps Tunisie
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2018

L'éditorial

Caïd Essebi, Ghannouchi et… Einstein

Mardi 28 Octobre 2014
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On est en train d’aller, à notre sens, trop vite en besogne. Quelle force scientifique, quels arguments persuasifs peuvent avoir les sondages d’opinion, deux heures à peine, après la fermeture des bureaux de vote ? Chafik Sarsar a beau s’égosiller, rappelant que seule son Instance est habilitée à annoncer le verdict définitif des urnes. Mais par ailleurs, cette pratique est présente dans les démocraties avancées et elle ne s’arrête même pas lors du déroulement des campagnes. Mais là, nous sommes dans un autre monde ; un monde que nous rejoindrons un jour, parce que dimanche nous y avons implanté les premiers jalons, mais il est vital, impérieux, que nous dépassions les relents passionnels et que, tous, politiques et futurs gouvernants et gouvernés intègrent la dimension de ce tournant historique, indépendamment des noms des « vainqueurs », et des « vaincus ».
Sans doute les estimations donnent-elles Nidaâ Tounès « vainqueur » (toujours entre guillemets) talonné par Ennahdha. Ce n’est pas définitif. Ce qui l’est en revanche c’est la démocratie naissante de la Tunisie s’orientant vers une bipolarité qui pourrait paraître dans sa façade une commodité de gouvernance institutionnelle, basée sur l’alternance gouvernementale dans un régime réellement parlementaire tel que dessiné par la Constitution dans ses contours, dans sa philosophie, dans ses repères identitaires et même dans les garde-fous contre toute velléité de dérive dictatoriale.
Nous disions une commodité de façade : c’est le cas. Parce que les préfigurations des résultats ne donnent à aucun parti « vainqueur » de majorité absolue. Le système de la proportionnelle fait donc que le « vainqueur » nouera des alliances, ira racler des sièges obtenus par les partis qui montent ou simplement ceux qui se retrouvent au bas du tableau. Le parti « vaincu » en fera de même pour représenter une opposition forte. Et c’est là que se déploiera le grand jeu ; le jeu des coulisses, le jeu des portefeuilles ministériels et ce jeu fait lui aussi partie de la démocratie. L’essentiel c’est que l’on ne se retrouve pas avec une instabilité gouvernementale à l’italienne. Mais au fait pourquoi les observateurs excluent-ils l’éventualité d’une entente, d’un deal (dont on parlait déjà il y a un an) ? Ils argumentent en se basant sur des considérations et des fixismes dépassés, à savoir l’opposition entre deux modèles, entre le caractère séculier et donc moderniste d’un côté, opposé aux fondements manichéens de l’autre. Et alors lâchons le mot, posons la question qui pourrait paraître surréaliste : est-on vraiment sûr que tant sur le plan du référent identitaire, que sur les projets, il existe un profond fossé entre Nidaâ Tounès et Ennahdha même si Béji Caïd Essebsi a déclaré au Temps et à Assabah que les deux courants sont comme « deux barres parallèles » qui ne se rejoignent jamais. Or il se trouve qu’un certain Einstein a créé la relativité…

Raouf KHALSI