Non, le peuple n’est pas dupe - Le Temps Tunisie
Tunis Vendredi 16 Novembre 2018

Suivez-nous

Nov.
17
2018

L’éditorial

Non, le peuple n’est pas dupe

Mardi 21 Octobre 2014
نسخة للطباعة

Au stade où nous en sommes, personne n’est dupe de certaines promesses drapées dans un messianisme qui se croit, pourtant, conquérant. Ils s’amènent, tous, munis de leur baguette magique, promettent monts et merveilles disproportionnés et qui peuvent, tel un effet boomerang, se retourner contre eux. Cela donne, donc, un cortège de discours rébarbatifs, parfois inintelligibles auprès des franges démunies de la population et qui laissent de marbre ceux parmi les supposés récipiendaires (la classe moyenne surtout) qui ont, quand même,  politiquement mûri en quatre ans de Révolution.

Sans doute, entre velléités réformistes, recentrage modérateur,  éloignement des gradations idéologiques et doctrinales qui n’accrochent plus (même pas dans les démocraties évoluées), la plupart des partis auront compris que les Tunisiens ne sont plus disposés à vivre d’amour (la politique) et d’eau fraîche (la précarité). Et c’est là, justement, que faute de bourrage du crâne  politique, les politiques s’emparent tous des axes socio-économiques vitaux pour le pays. Et là, ils se perdent en conjectures, à qui mieux mieux, dans les thèmes récurrents,  inhérents aux besoins vitaux du pays : l’égalité sociale, l’intégration régionale, l’emploi (et, donc, le chômage), les équilibres macro-économiques, la réforme de l’éducation, de la santé, l’infrastructure…. et, finalement, les mêmes chevaux de bataille (chevaux toquards en fin de compte), d’un certain… Ben Ali, dans ses campagnes.

Pour autant,  il est évident que les insuffisances du pays et ses besoins n’ont pas changé depuis. Derrière la parade d’un Etat fort, et de l’allégeance obséquieuse de la Banque Mondiale, du Fonds Monétaire International et des agences de notation, à l’époque de la dictature, généreuse dans leurs notations, un peuple était réduit au silence, subissant un nivellement par le bas et sombrant dans la précarité. C’est pour cela qu’il paraît, aujourd’hui, sceptique et guère disposé à signer un blanc seing. Aucune formation politique, fût-elle grande,  de taille moyenne ou petite, ne saurait y prétendre. Même  les capacités fédératrices et les engouements de masse autour des uns et des autres, ne relèvent, sociologiquement parlant, que d’une « ferveur électoraliste » comme dirait Lacan. Les dés sont-ils jetés ? Peut-être. Soit. Mais, malgré les marchandages, l’achat des âmes faibles et cupides, « le  peuple imperceptible », comme l’appelle De Gaulle, fera en sorte que ces dés, justement, ne soient pas pipés.

Raouf KHALSI