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Cinéma

«Timbuktu» de Sissako aux JCC 2014

Mardi 14 Octobre 2014
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«Timbuktu» de Sissako aux JCC 2014

Parmi les films qui participeront à la prochaine édition des Journées Cinématographiques de Carthage (JCC) qui se dérouleront du 29 novembre au 5 décembre 2014, « Timbuktu » du réalisateur Abderahmane Sissako. Le film vient d’être récompensé du Bayard d’Or du Festival International du Film Francophone de Namur (3-11 octobre). 

« Timbuktu » a été le coup de cœur du  67e Festival de Cannes. Le réalisateur mauritanien Abderrhamane Sissako signe un plaidoyer poignant contre toutes les formes d’extrémisme religieux. Un film au cœur de la réalité actuelle mondiale qui propose un débat sur les conséquences désastreuses du fanatisme.

GPS la vache victime 

Non loin de Tombouctou tombée sous le joug des extrémistes religieux, Kidane mène une vie simple et paisible dans les dunes, entouré de sa femme Satima, sa fille Toya et de Issan, son petit berger âgé de 12 ans. En ville, les habitants subissent, impuissants, le régime de terreur des djihadistes qui ont pris en otage leur foi. Fini la musique et les rires, les cigarettes et même le football. Les femmes sont devenues des ombres qui tentent de résister avec dignité. 

Des tribunaux improvisés rendent chaque jour leurs sentences absurdes et tragiques. Kidane et les siens semblent un temps épargnés par le chaos de Tombouctou. Mais leur destin bascule le jour où Kidane tue accidentellement Amadou le pêcheur qui s'en est pris à GPS, sa vache préférée. Il doit alors faire face aux nouvelles lois de ces occupants venus d'ailleurs.

Entre horreur et poésie

Abderahmane Sissako met en lumière l’opposition entre deux Islam. Un antagonisme qui donne naissance à des moments de pure poésie où se confondent  le beau et l’absurde, la haine et l’amour, l’espoir et le désespoir. La dernière image du film est saisissante de beauté. Celle de l’enfance sacrifiée, bafouée, oubliée qui court comme une bête traquée.

« J’essaie de raconter des histoires qui me semblent essentielles », confie Abderrhamane Sissako. Le cinéaste mauritanien de 53 ans n’a jamais dérogé à cette règle depuis ses débuts à la fin des années 1980. Après le succès de Bamako en 2006, porté notamment par « Aïssa Maïga » et « La vie sur terre » (1999).

« L’élément déclencheur de ce projet, c’est la lapidation d’un couple d’une trentaine d’années à Aguelhok (au Nord du Mali), ajoute-t-il. Cela s’est passé dans la grande indifférence des médias. Aujourd’hui, on parle plus facilement de la sortie de nouveaux téléphones que des gens qui meurent ». Ce drame, situé entre le conte et le pamphlet, nous ouvre les portes de Tombouctou, une ville tenue d’une main de fer par des djihadistes belliqueux armés de kalachnikovs. Soit autant d’hommes tenant en joug des habitants apeurés ou stoïques, obligés de raser les murs telles des ombres errantes.

Philosophe, le réalisateur pense que la lutte contre l’obscurantisme, qui profite souvent d’un « tissu social fragilisé », doit se faire au sein même de la religion musulmane. « C’est dans l’Islam qu’il faut mener le combat pour que d’autres ne se l’approprient pas, comme les extrémistes, qu’ils soient salafistes ou wahhabites, explique Sissako. « Je parle de ceux qui défoncent les portes des mosquées ou qui arrivent à Tombouctou sans même parler la langue du pays. Je crois qu’il faut que l’Afrique s’indigne plus fortement et plus souvent ». Message reçu 5/5.

Hayet GHARBI

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