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THEMA.. Le tourisme culturel (ou alternatif) toujours sous-exploité

…Et pourtant, il est peu capitalistique et à la portée des jeunes promoteurs

Mardi 14 Octobre 2014
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…Et pourtant, il est peu capitalistique et à la portée des jeunes promoteurs

La Révolution tunisienne a révélé les inégalités régionales et l’importance d’œuvrer pour les résorber. 

Le tourisme alternatif s’oppose au tourisme de masse dans la mesure où il respecte les critères de durabilité et d’intégration au tissu naturel, culturel et social d’une région. Ses effets économiques, par définition diffus et partagés, le rendent plus solidaire et plus équitable. Peu capitalistique, il est à la portée des jeunes promoteurs dans leurs lieux de résidence .Moteur de développement régional par excellence, il peut contribuer à un rééquilibrage touristique et économique.

Le tourisme alternatif repose sur la valorisation des ressources naturelles, culturelles, patrimoniales (matérielles et immatérielles) et humaines.

Ces ressources sont comme des matières brutes ou des produits à l’état latent.  Le passage de la ressource au produit suppose une série de mesures et d’actions pluridisciplinaires préalables qui se résument comme suit :

- Une volonté politique visant à tout mettre en œuvre pour développer de nouvelles formes de tourisme dans les régions défavorisées de l’intérieur et neutraliser les freins qui risquent d’entraver les initiatives des jeunes promoteurs

- Une grande coordination interministérielle en vue de la création d’un guichet unique susceptible de corriger les difficultés et les aberrations actuelles (changement de vocation, procédures compliquées, lenteurs administratives)

- Ne plus considérer les produits relevant du tourisme alternatif comme des appendices du tourisme balnéaire packagé afin d’en exclure toute forme de dépendance.

- Créer, au sein du ministère du tourisme, une structure spécialisée entièrement dédiée au Tourisme Alternatif capable de se constituer une banque de projets ‘’prêts à l’investissement’’

Ces projets devront être le fruit d’une concertation régionale très poussée et faire l’objet d’un suivi régulier, du moins dans la phase de démarrage

- Créer des mécanismes de financement susceptibles de pallier le manque de fonds propres et de garanties qui caractérise souvent les jeunes diplômés du supérieur qui pourraient constituer une nouvelle génération de promoteurs

- Créer, au sein du ministère, une cellule de formation et d’accompagnement capable d’aider les jeunes promoteurs dans le lancement et la bonne gestion des projets.

Quant aux actions devant faciliter le passage des ressources aux produits, elles sont de divers ordres et relèvent de plusieurs disciplines :

- Etudes et inventaire des ressources suffisamment riches et significatives pour donner lieu à des projets valorisants et viables ainsi qu’à une exploitation rentable. Des critères objectifs devront être arrêtés à cet effet. A titre d’exemple, les 25000 sites historiques répertoriés ne se prêtent pas tous à une exploitation viable et rentable.

Plusieurs études ont été engagées par le ministère du Tourisme et le ministère de l’environnement portant sur les gouvernorats de l’intérieur. La dernière en date réalisée par Mr Jallel Abdelkafi porte sur la carte du tourisme culturel. Afin de déterminer les priorités, Il suffirait de désigner une commission ad hoc pour relire ces études afin d’identifier les 50 ressources naturelles et culturelles exploitables à court et à moyen terme. Cette commission pourrait comprendre notamment des représentants des ministères de la culture, du tourisme, de l’agriculture, de l’environnement et de l’équipement, un architecte urbaniste paysagiste ainsi que des personnalités de la société civile. Elle aura pour mission d’élaborer des critères qui veilleront sur une bonne répartition interrégionale, et tiendront compte de la nécessité d’aboutir à un réseautage de projets accessibles en terme de conditions et de confort de visite, de temps et de kilométrage.

- Finaliser les textes et les cahiers des charges régissant les différentes formes d’hébergement alternatif (maisons d’hôtes et tables d’hôtes, gites ruraux, logements chez l’habitant, campements sahariens, aires de camping et de caravaning, hôtels de charme et d’activités alternatives)

- Engager l’Agence Foncière Touristique dans un processus de maitrise foncière des espaces propices à la création des projets alternatifs, en aménager les alentours et en faciliter l’accessibilité (comme elle le fait pour les zones du littoral). L’AFT sera appelée également à doter ces espaces des commodités nécessaires en termes d’eau, d’énergie, d’assainissement et de recyclage des déchets. Le coût de cette démarche pilotée par l’AFT devra être supporté par une dotation de l’Etat ou une péréquation des prix de vente du mètre carré balnéaire. Car il est évident que le développement du tourisme alternatif ne manquera pas d’entrainer une valorisation de l’image touristique globale de la destination qui profitera immanquablement aux zones balnéaires classiques. Cette formule est d’autant plus défendable que le deuxième souffle du tourisme balnéaire ne pourra venir que du tourisme alternatif.

- Former une nouvelle génération de jeunes promoteurs et de guides spécialisés capables d’interpréter et d’expliquer l’environnement dans lequel ils travaillent, qu’il soit naturel, culturel ou social. Dans une phase de démarrage, il sera utile d’inviter, sans complexes, des encadreurs étrangers originaires de pays ayant fait leur preuve dans cette typologie de tourisme. Souvenons-nous que l’hôtellerie balnéaire tunisienne a démarré avec un encadrement français, suisse, allemand et autrichien.

- Créer un portail du tourisme alternatif en Tunisie autorisant l’information, les réservations et les paiements en ligne.

- Produire des outils promotionnels portant sur « La Tunisie Autrement » qui seront diffusés aussi bien en Tunisie (hôtels ,bureaux d’accueil , à bord des compagnies aériennes nationales ,…) , qu’à l’étranger ( foires et salons généralistes et spécialisés)

- Dédier un stand spécifique au tourisme alternatif dans le cadre des grands salons professionnels de Madrid, Paris, Berlin, Milan, Londres

- Intégrer les produits relevant du tourisme alternatif dans la communication publicitaire institutionnelle

- Lancer des campagnes d’information et organiser des événement destinés à stimuler la demande nationale tant il est vrai que ces nouvelles formes de tourisme correspondent parfaitement aux attentes des familles tunisiennes et maghrébines.

- Inciter les agences de voyages locales à proposer des séjours à thème pour des groupes adaptés aux capacités d‘hébergement et de restauration de cette typologie de projets.

- Soutenir les associations culturelles régionales comme «Tourisme, culture et développement régional»  en vue d’organiser un grand événement annuel sous la forme d’un Week-end du Tourisme Alternatif en Tunisie auquel seront conviés les médias et les opérateurs spécialisés tunisiens et étrangers.

Raja CHAABENI

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