«M6», Ben Ali et surtout Marzouki : pourquoi maintenant ? - Le Temps Tunisie
Tunis Dimanche 23 Septembre 2018

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L’éditorial

«M6», Ben Ali et surtout Marzouki : pourquoi maintenant ?

Mardi 14 Octobre 2014
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Pour une « Enquête exclusive », c’en fut vraiment une.

D’après les bandes annonces sur la chaîne « M6 » elle devait exclusivement enquêter sur les biens mal acquis par le clan de Ben Ali, sur les détournements de fonds publics, la mainmise sur l’immobilier et les avoirs à l’étranger. Une longue enquête, parcourant les arcanes de la justice tunisienne, faisant la lumière sur ce que nous savions déjà en fait : à savoir, qu’il y a près de six cents affaires instruites contre les mafieux du dictateur déchu, dont la plupart n’aboutissent pas encore, du fait que la complexité des procédures et les insuffisances dans la législation du Droit pénal international, font que les pays étrangers ne répondent pas promptement aux requêtes de la justice tunisienne. On a, quand même, vu de près ce qu’il en était advenu de l’embonpoint de Belhassen Trabelsi, au Canada, où des citoyens tunisiens résidents dans ce pays, (plus précisément, au Québec), se sont fait un point d’honneur de lui faire la traque, alors que lui, en véritable fugitif, changeait continuellement de résidences, tout en assurant, une scolarité opulente à ses enfants, et en espérant obtenir le statut de réfugié politique. Une grossièreté, en somme.

Sauf qu’ « Enquête exclusive » aura réussi en l’espace d’une heure d’émission, à engranger les saisons. L’enquête était partie l’hiver, sur les biens mal acquis où l’on voyait des cadres de chez nous porter le manteau, pour finalement aboutir au… Palais de Carthage, que le producteur de l’émission Bernard de Villardière pénétrait, veste ostensiblement jetée sur l’épaule, suant frénétiquement parce qu’il faisait chaud. Donc, c’est tout près… Là, le sujet central de l’enquête a carrément bifurqué.

… Et « bonté divine », Bernard de Villardière qui figure, pourtant  bien dans le « Livre noir » de Moncef Marzouki, interviewe le Président de la République provisoire – qui est en pleine campagne électorale – et l’interview ne s’est pas limitée à la dictature et aux détournements de fonds, mais elle s’est étendue sur la vision qu’a le locataire actuel de Carthage de la fonction de Président de la République et, en filigrane, sur sa conception de l’Etat.

Marzouki s’y est prêté avant l’enclenchement de la campagne électorale, c’était son droit. Soit. N’a-t-il pas été, néanmoins, consulté sur le timing de sa diffusion ?

On était passé du satanisme de Ben Ali à la béatification de Marzouki. Manipulation médiatique ? On verra ce qu’en pensent les instances de contrôle de chez nous, même si une chaîne étrangère y échappe. Les candidats non, en revanche. Mais, l’impression, ou plutôt, la conclusion est là : on a fait du contexte (Ben Ali), un prétexte (Marzouki).

Raouf KHALSI