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L’énigme des listes indépendantes dans les législatives

Quelles chances et qui servent-elles ?

Mercredi 8 Octobre 2014
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• «C’est un gaspillage des deniers publics», prévient Abdessattar Sahbani, sociologue • «Globalement, les indépendants ne feront rien», assure Hassen Zargouni • «Leur part réelle, ne peut être connue, dès maintenant», affirme Nabil Belaam

Sur les 1320 listes se présentant aux élections législatives, près de 500 sont étiquetées indépendantes. Après la déroute des listes indépendantes dans les élections du 23 octobre 2011, comment ose-t-on se présenter en indépendant ? Est-ce opportun ? A-t-on réellement une chance de prétendre à un rôle important dans la prochaine assemblée du peuple ? Dépourvus d’une machine électorale comme celle des partis que peuvent-ils faire ? Les indépendants d’aujourd’hui, sont-ils réellement indépendants? Proposent-ils des programmes alternatifs à ceux des partis politiques ?
Abdessattar Sahbani, sociologue, rappelle que les indépendants avant la Révolution étaient des activistes qui ne s’affichaient pas dans des partis, pour minimiser les risques de représailles. Ils ont été présents dans les législatives. Il déclare au Temps : « Cette fois, nous avons des indépendants pour les législatives et pour la présidentielle. Sous Ben Ali être indépendant se justifiait. Après la Révolution, normalement les indépendants n’ont plus de place, pour plusieurs raisons. D’abord la législation tolère la création des partis politiques. Il n’y a pas de raison pour se cacher derrière une étiquette indépendante. En plus, ceux qui se réclament indépendants, ne peuvent être jugés par les électeurs. Ils n’ont pas de masse critique. Et puis, pourquoi est-on indépendant ? On peut l’être parce que les programmes des partis sont en deçà des aspirations de l’indépendant qui veut proposer autre chose. Que proposent les  indépendants ? Ont-ils un programme social et politique ? La grande partie des indépendants n’ont réellement rien ajouté. A la limite, on peut comprendre la présence d’un petit nombre d’indépendants, mais pas autant. Et puis, il y a eu les élections du 23 octobre 2011. Ils ont eu un résultat insignifiant par rapport à ce qui a été dépensé. On ne peut s’empêcher de dire que c’est un gaspillage de l’argent public. Lors des dernières élections, il y a eu des listes indépendantes qui n’ont même pas affiché leur programme. Ils étaient là pour la subvention. Certaines listes n’ont même pas fait de campagne électorale. A la circonscription de l’Ariana, il y a eu un record de 85 listes. L’une des listes indépendantes a eu seulement, une seule voix. C’est que la tête de liste n’a même pas emballé sa conjointe. Les listes indépendantes avaient cumulé un million cent quatre vingt mille votes poubelle. La première liste avait récolté un millions cinq cent mille voix. L’actuel président provisoire, n’a eu que 8000 voix. Le péril est grand. Aux dernières élections avec 46% de participation, un taux très faible, le quart des électeurs qui se sont déplacés aux urnes ont eu des voix qui n’avaient servi à rien. Le danger est de reproduire le même schéma et les mêmes problèmes. Parfois, c’est de l’escroquerie. C’est criminel et insensé que de gaspiller l’argent public. Je pense qu’il n’y a pas eu de mesures palpables pour limiter ce fléau. On aurait dû faire comme à la présidentielle, en exigeant un minimum de parrainages dans chaque circonscription. D’ailleurs, je pense que pour les législatives, les indépendants n’ont aucune chance».
Hassen Zargouni, DG de Sigma Conseils, suit l’évolution de l’opinion publique, a une idée bien arrêtée sur les chances des candidatures indépendantes dans les législatives. Il déclare au Temps : « dans les grandes villes,  les partis qui jouissent d’une forte notoriété et sont marquetés, accaparent plus de 80% de l’intérêt politique. Lorsqu’on intègre les petits bourgs à l’intérieur du pays, cette situation s’équilibre un peu, au point où certaines personnalités fortes, même si elles sont indépendantes non appuyées par des partis, peuvent jouer dans la cours des grands. En 2011, Abdelfattah Mourou, indépendant, n’a pas réussi parce qu’il n’avait pas un parti derrière lui. Le Doyen Sadok Bellaïd, non plus. Chafik Zarguine, indépendant qui vient de la société civile a réussi  à Nafta. Globalement, les indépendants ne feront rien, car c’est dans les grandes villes qu’il y a plus de sièges ».
Nabil Belaam, DG d’Emrhod Consulting, est très prudent. Il affirme au Temps : « Ce n’est que maintenant que les indépendants entament leur campagne électorale et les citoyens commencent  à les connaître. Dans les législatives, il y a de la, place pour eux. Les indécis sont de l’ordre de 25% et  ceux qui vont mettre un bulletin blanc ou ne veulent pas déclarer leur choix représentent 25%  des inscrits. C’est dans cette population que les indépendants ont une chance de percer. Combien ? Petit à petit, et à partir du 10ème jour de campagne, on commencera à connaitre jusqu’où peuvent aller les indépendants qui joueront, cette fois-ci, un rôle plus important qu’en 2011, parce que le bloc des indécis est le même. Leur part réelle, ne peut être connue, dès maintenant ».
Pourquoi insiste-t-on à se présenter, comme candidats indépendant malgré les déboires essuyés lors des élections de 2011 ? Pour nombreux observateurs, Ennahdha est l’initiatrice de la floraison des listes indépendantes, dans les régions où ses chances ont baissé. Ennahdha comme tous les grands partis en Tunisie, épie d’une manière régulière les intentions de vote depuis les dernières élections, jusqu’à la date de présentation de candidatures. Là où sa popularité a le plus chuté, elle a encouragé beaucoup d’indépendants à présenter leurs candidatures pour affaiblir la concurrence. Ceci est visible, particulièrement dans les régions les plus déçus de la gestion gouvernementale d’Ennahdha et de la Troïka, à savoir Gafsa, Kasserine et Sidi Bouzid où on trouve le nombre le plus élevé de listes indépendantes par rapport au nombre d’inscrits. A Gafsa 86 listes ont été présentées le 22 août. Certaines listes ont été refusées par l’ISIE. Par contre à Medenine où la popularité d’Ennahdha n’a pas baissé, il n’y a pas beaucoup de listes indépendantes.

Hassine BOUAZRA

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