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2019

Paysage politique : Bien des partis ne se mouillent pas dans les programmes

Pour l’heure, c’est la guerre des slogans

Jeudi 2 Octobre 2014
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«La classe politique tunisienne est en train de vivre un déficit dans l’imagination politique», déplore le sociologue Abdessattar Sahbani

Les listes des candidatures aux élections législatives ont été définitivement dressées. 1327 listes dont 1230 en Tunisie et 97 à l’étranger, entreront en compétition. Elles étaient autour de 1500 listes en 2011. Une baisse est constatée, même si le chiffre demeure encore élevé. Qu’est-ce qui fait la différence avec les dernières élections de l ‘Assemblée Nationale Constituante ? La campagne électorale va démarrer officiellement le 4 octobre courant. Durant les trois dernières années, le paysage politique a-t-il évolué ? En 2011 ? Ennahdha était le seul parti de masses et les autres des partis de cadres. Qu’en est-il aujourd’hui ? Le paysage politique verra-t-il un bouleversement important après les élections du 26 octobre ? Comment se déroulera la campagne ? Va-t-on jouer sur les programmes ou sur les symboles ?
Le nombre de liste est élevé. Ça dénote une certaine prise de conscience de l’action politique. Abdessattar Sahbani, sociologue et universitaire estime que le problème n’est pas dans le nombre, mais dans la qualité des programmes. Il déclare au Temps : « le nombre des listes indépendantes a aussi diminué. Le nombre de candidats dans chaque circonscription a diminué. A l’Ariana, la dernière fois, il y avait 85 listes. Maintenant, c’est la moitié ». Avec la floraison des listes, est-ce que le Tunisien est en mesure de choisir ? Le sociologue déplore qu’on n’ait pas vu de programme concret. « Au moment de la compétition électorale, il y aura plutôt des slogans qu’autre chose. Certains partis politiques comme Ennahdha ne veulent plus se mouiller et s’engager avec des programmes concrets. Elle a une masse critique de supporters qu’elle considère suffisante. Au moment de la campagne, il y aura une guerre farouche, celle des slogans. Les candidats vont tous utiliser les mêmes slogans, touchant le pouvoir d’achat, le terrorisme…La classe politique tunisienne est en train de vivre un déficit dans l’imagination politique. C’est un déficit grave pour une jeune démocratie et une société qui est encore à la recherche de voies qui permettent d’avoir les conditions sine qua non du vivre ensemble ». Comment seront gérées les campagnes électorales ? Tout le monde dit craindre le pouvoir de l’argent. Y a-t-il un moyen pour dénoncer tous ceux qui utilisent le pouvoir de l’argent dans le déroulement de la campagne électorale ? « C’est grave, il n’y a pas de programmes. Il y a des slogans. Il y a l’argent. Il y a aussi des symboles. Dans toutes les circonscriptions, il y a des têtes. A Ben Arous, les barons des partis politiques sont têtes de listes. C’est une compétition de symboles, sans programmes, ni projets. On interpelle le charisme de ces personnalités. On ne pourra pas les juger, faute de programmes palpable. A ce petit jeu, on va reproduire ce qui s’est passé à l’ANC. La prochaine assemblée aura-t-elle, les moyens d’imposer la présence des députés ? Le nombre d’absences dépassait parfois, les 50% ? C’est grave. Est-ce que ces symboles ont les compétences scientifiques, intellectuelles et psychologiques pour meubler leurs places et répondre aux aspirations des électeurs ? L’élu, une fois à l’assemblée, n’est plus l’élu de son parti, mais l’élu de la Nation. Il doit défendre les intérêts de la Patrie avant le parti. Est-il capable de le faire ? Est-ce que les députés et surtout ceux des régions intérieures qui vivent le mal développement, sont capables de traduire les maux de leurs régions et avoir un discours responsable en dehors du populisme ? Dans les régions intérieures, on n’a investi que des discours. Ces régions sont incapables d’attirer des entrepreneurs. Comment faire pour sortir du marasme ? Dans cette phase, les députés sont appelés à légiférer des lois concernant la santé de base, l’éducation, l’enseignement supérieur, la recherche scientifique, les problèmes de l’énergie, le terrorisme…Est-ce qu’ils sont en mesure d’être à la hauteur des aspirations, en dehors des problèmes idéologiques ? Seront-ils efficaces, en évitant la parlotte et en optant pour l’efficacité totale ? ». Beaucoup de questions se posent. Les listes qui se présentent, vont-elles rassurer la population et lui apporter l’assurance nécessaire pour aller voter ? En l’absence de programme, notre sociologue se confond en doutes. A qui profite le crime ? Est-ce qu’on va reproduire la même déconfiture, les mêmes problèmes, ou est-ce que la prochaine assemblée aura les moyens de prévaloir les intérêts d’une société qui cherche encore les voies de la démocratie, la stabilité et la modernité et qui se cherche encore sur l’échiquier international ?
Comment se présentera le paysage politique après les prochaines élections ? Globalement, ça sera le statuquo, estime l’universitaire, tout en pensant que le déroulement de la compétition va changer. Assistera-t-on à des vagues de violence tout au long de la campagne électorale ? « Si la violence réapparaît, ceux qui comptaient gagner vont perdre », affirme le sociologue. Si les choses se déroulent normalement et en paix, l’attitude de Nida Tounès et des Destouriens sera déterminante. « Le problème ne réside pas dans les partis de cadre. Si la dernière fois on avait un seul parti de masse, cette fois, nous en avons au moins deux (Ennahdha et Nida Tounès), et des formations importantes les Destouriens et la Jabha Chaâbia. Avoir deux partis de masses est un élément d’équilibre qui mettra fin à l’hégémonie d’un parti. Il n’y aura pas un parti majoritaire. Des alliances doivent être tissées. La configuration postélectorale, n’est pas claire pour le moment », conclue le sociologue.

Hassine BOYUAZRA

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