Réminiscences passéistes - Le Temps Tunisie
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L'éditorial

Réminiscences passéistes

Mardi 30 Septembre 2014
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Dans un contexte marqué par les incertitudes électorales et, surtout, par les thématiques de la modernité et de l’islamité qui, dans les enjeux propagandistes s’entrechoquent inévitablement – comme si modernité et Islam étaient antinomiques et comme si la laïcité se dressait contre les valeurs arabo-islamiques, c’est-à-dire les valeurs identitaires- les grands rassemblements, c’est-à-dire Ennahdha et Nidaâ Tounès, continuent de nous faire croire qu’ils refusent une configuration bipolaire de la future architecture politique alors que cette bipolarité existe déjà de fait. Quant au discours opposant la modernité au conservatisme religieux, il est clair qu’il est devenu rébarbatif et suranné. Ce qui est sûr est que les Tunisiens ne sont pas heurtés par cette dialectique et qu’ils voteront pour les personnages, et accessoirement pour les programmes. Des programmes qui se ressemblent presque tous, qui s’articulent principalement autour du redressement économique (utopique dans certains exposés), le chômage qu’on éradiquera par une baguette magique et, bien sûr, les thèmes de toujours (la famille, la femme, l’enfance, la jeunesse)
qui font toujours commerce parce qu’ils constituent une belle berceuse. Naturellement – à la guerre comme à la guerre – on drape le tout de concepts idéologiques, de symboliques, de mythes aussi, à droite, au centre, comme à gauche, tout en titillant les adversaires.
Mais sur le fond, le terrain à conquérir par les uns et les autres c’est la légitimité historique. Chacun se prévaut du combat mené contre la dictature déchue, durant les années de plomb. Ceux qui n’étaient pas dans l’oeil du cyclone en appellent au legs destourien de Bourguiba. Les candidats Rcédistes à la présidentielle, évoluant en rangs dispersés, répètent à l’envi qu’ils avaient
lutté pour les libertés et la démocratie au sein du système même mais que les barons de Ben Ali leur coupaient l’herbe sous les pieds. Mais là, comme le dit Bertrand de Jouvenel dans son célèbre ouvrage « A Art de la conjecture » (paru déjà en 64) il va falloir tenir compte d’un concept
qui sied aux révolutions : « le concept de futurible ». Plus nous en savons et plus le futur se présente vacillant et incertain. Car l’histoire est en effet une surprise et pas un but (rétroactif).
« C’est une image mobile et pas un destin. Le Printemps de Tunisie a défatalisé l’histoire. D’où vient donc que les politiques restent engoncés dans leurs réminiscences passéistes…

Raouf KHALSI