Le mot «guerre»… - Le Temps Tunisie
Tunis Dimanche 18 Novembre 2018

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2018

L’éditorial

Le mot «guerre»…

Jeudi 25 Septembre 2014
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Nous avons couvert dans notre édition d’hier les péripéties du meeting d’Ennahdha à l’occasion de l’annonce officielle de son programme électoral. Nous l’avons fait en toute neutralité et sans commentaire. Aujourd’hui, néanmoins, le commentaire s’impose de lui-même. 

Cheikh Rached Ghannouchi, plutôt que de tenir un discours rassembleur a vite versé dans la polémique, pour le moins belliqueuse. Au nom de l’unité  de la société tunisienne ou plutôt de l’impératif de son « unicité », il jette des fléchettes acérées à ceux qui, selon lui, veulent la diviser et s’opposent à sa proposition de président consensuel. Qui vise-t-il, sinon Béji Caïd Essebsi, - qui ne manque pas lui non plus de ressorts polémistes – et, peut-être, à un degré moindre, la gauche que Hamma Hammami, dans ses lubies messianiques, croit incarner ? Les polémiques, en contexte électoral, sont la règle, c’est sûr, et même dans les démocraties avancées où l’on use de toutes les batteries afin de confondre l’ennemi dans des scandales (sexuels, familiaux, financiers, identitaires) tendant à le discréditer auprès des électeurs. C’est de bonne guerre. Le mot est justement lâché. C’est que Cheïkh Rached  à eu recours à ce terme, plaçant cette formule lourde de sens: «الحرب أولها كلام» (traduisez : « La guerre commence par les paroles ». Qu’entend justement le leader d’Ennahdha par le mot « guerre » ? Et dans cette « guerre » quelle attitude adoptera-t-il ? L’attaque, la contre-attaque ou – ce qui serait plus sage – une résistance passive, philosophie qu’a Ghandi de la guerre ? Est-ce à dire que la « guerre » sera déclarée à tous ceux qui se dresseront contre sa vision consensuelle du Président ? Stratégies donc, somme toute légitimes et « guerrières », mais sur le fond, convaincu comme il est d’une nouvelle victoire d’Ennahdha, il ne serait pas inspiré d’ignorer la vox populi, car dans ces conditions pourquoi donc organiser des élections présidentielles ? se demande le commun des mortels. Dans le discours officiel, Ennahdha, surtout au vu de son ambitieux programme, semble avoir changé. Sauf que tout doit se concrétiser dans la réalité. Dans l’esprit cette campagne internationale « d’évangélisation » de l’Islam politique a pour but de « dédiaboliser » les islamistes tunisiens, ce qui en soi, pourrait rejaillir positivement dans l’imaginaire des Occidentaux qui assimilent systématiquement l’Islam à l’extrémisme et au fanatisme, surtout en cette époque cauchemardesque où les Daech décapitent  leurs otages… Et alors le mot « guerre » prononcé par Ghannouchi, loin d’être un écart de langage, pourrait être mal interprété. Parce que le monde et, surtout, l’Occident, nous observent. 

Raouf KHALSI