L’exception tunisienne - Le Temps Tunisie
Tunis Dimanche 23 Septembre 2018

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Sep.
23
2018

L’éditorial

L’exception tunisienne

Samedi 20 Septembre 2014
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Il ne s’agit pas ici (au nom du principe fondateur du Temps : l’indépendance et la neutralité) de verser dans un lyrisme jubilatoire encensant Madame Kalthoum Kennou, ni de lui donner blanc seing parce que c’est une femme et encore moins d’en faire une icône. Mais, sa candidature – et au moins, celles de deux autres femmes qui suivront d’après des informations avérées – mérite d’être placée dans son contexte historique.

Contexte historique ? Oui, précisément, parce que les femmes tunisiennes, dès les années 30, ont été de toutes les luttes pour l’indépendance du pays, et qu’elles bravaient avec une obstination admirable, les barrières des forces de l’occupant et subissaient aussi leurs représailles jusqu’au même titre que les hommes. Le leader Bourguiba, mais, aussi, Tahar Haddad et même les deux vénérés Cheikhs Ben Achour, détectaient en les femmes tunisiennes un potentiel d’adhésion à l’édification d’une société équilibrée, libérée du joug du traditionalisme archaïsant, tout en provoquant une recomposition sociologique et architecturale de la famille : le modèle familial tunisien est, en effet, plutôt matriarcal que patriarcal.

L’omnipotent Si Essayed de la trilogie de Néjib Mahfoudh, devenait, en fait, avec l’émancipation de la femme tunisienne et le Code du Statut personnel, « intransposable » en Tunisie. Et puis, il y a toujours la mythologie qui joue : Elyssa est, en effet, immortalisée.

Voyons maintenant le contexte sociopolitique actuel. Le ras de marée féministe est devenu irrépressible après la Révolution. Le 14 janvier 2014, les femmes presqu’en nombre égal des hommes investissaient l’avenue. Elles ont encore manifesté en force contre les outrages des manifestations salafistes, devenant même le moteur de la société civile qui rejette l’obscurantisme et les ténébreuses prédications qui voulaient remettre en cause ses acquis (au premier projet de constitution calamiteux de 2012) et se dressaient même contre les tribuns débitant la conception d’une « femme complément de l’homme »… Au final, néanmoins, la nouvelle belle constitution tunisienne a préservé les acquis historiques de la femme et elle les a aussi renforcés.

Aujourd’hui, des femmes sont têtes de listes. Beaucoup de partis, dont Ennahdha, qui prouve là qu’il n’a guère de réminiscences misogynes, sont en pleine effervescence féministe. Mais, au fait, pourquoi uniquement les législatives ? Une « marche » sur Carthage est, elle aussi possible. La candidature de femmes à la Présidence en Tunisie est, en soi, un fait unique dans le monde arabe et rare dans l’Occident. Il convient dès lors, de parler encore d’exception tunisienne.

Raouf KHALSI