Un week-end fébrile - Le Temps Tunisie
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2018

L’éditorial

Un week-end fébrile

Mardi 16 Septembre 2014
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La fièvre électorale bat déjà son plein – nous parlons ici de la présidentielle – et c’est déjà vertigineux, quelque peu confondant, mais, en tous les cas, cela donne de nouvelles motivations aux Tunisiens dont on dit qu’ils restent sceptiques après les espoirs trahis par le scrutin de 2011.

Sauf que le paysage  a radicalement changé. Et si aux élections de trois années en arrière, les Tunisiens, à l’éveil d’une démocratie à laquelle ils n’étaient pas habitués, ont voté pour ceux que la dictature interdisait et opprimait, aujourd’hui, ils paraissent plus mûrs, à même de choisir et même la menace d’un vote sanction, c’est-à-dire, de l’abstentionnisme paraît pour le moins infondée.

Du coup, toute l’attention se tourne, aujourd’hui, vers Carthage, c’est-à-dire, la présidentielle, parce que Carthage – comme nous l’expliquions, il y a quelque temps, sur ces mêmes colonnes – exerce une fascination particulière, une espèce d’envoûtement qui a, pourtant, tourné au cauchemar avec le régime déchu. Il est, donc, normal que l’excitation « présidentialiste » atteigne des niveaux élevés, dans l’imaginaire collectif tunisien et, surtout, à la lumière des données qui se sont égrenées durant le week-end.

Le premier élément – déjà vendredi – avait été fourni par un Béji Caïd Essebsi plutôt frondeur, comme à son habitude qui accusait un peu tout le monde, de l’extérieur comme de l’intérieur, faisant aussi de « graves » déclarations quant aux menaces de mort auxquelles il serait exposé. Mais cela on le savait déjà. Ce qui est nouveau dans tout cela c’est, d’abord, qu’il éloigne toute spéculation de deal avec Ennahdha, rejette  la proposition d’un président consensuel et accuse certains parmi les membres de son parti de vouloir le déstabiliser. Hier, il en a exclu deux : l’un parce qu’il fait campagne pour Kamel Nabli ; l’autre parce qu’il l’interpelle sur son état de santé, fibre sensible parce qu’après le naufrage de l’âge de Bourguiba et la prostate de ben Ali, le locataire  de Carthage doit être sain d’esprit et de corps.

Le deuxième élément c’est l’annonce officielle de la candidature de Mustapha Ben Jaâfar à la présidentielle. On le savait, c’était dans l’air. Sauf que le président de l’ANC réaffirme sa détermination à rester en poste, au Bardo, arguant que son départ provoquerait un vide institutionnel, même  si Madame Maherzia Laâbidi est là : il se trouve, néanmoins, qu’elle-même est tête de liste pour les législatives, à Nabeul. Il est vrai que Mustapha Ben Jaâfar avait annoncé, à un certain moment, son intention de se retirer de l’ANC, si jamais il se présente aux élections. Mais, la donne a changé, entretemps, avec la menace terroriste. Cela fait que l’Etat ne saurait être « désinstitutionnalisé ».

Le troisième élément est représenté par le retour hautement médiatisé de Mondher Zenaïdi, en Tunisie. On affirme que cet homme qui a toujours su préserver une grande probité alors qu’il était ministre de Ben Ali, finira, lui aussi, par se décider - si ce n’est déjà fait – pour la présidentielle. 

Le rang des Destouriens et des Rcdistes se renforce  donc… Entretemps, fait très significatif, des pétitions sont signées en faveur de… Mehdi Jomaâ, même  si le chef du gouvernement affirme solennellement qu’il ne figurera pas dans le futur échiquier. Mais la vox populi c’est autre chose…

Raouf KHALSI