Démocratie consensuelle ou consensus démocratique ? - Le Temps Tunisie
Tunis Mercredi 14 Novembre 2018

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14
2018

L’éditorial

Démocratie consensuelle ou consensus démocratique ?

Jeudi 11 Septembre 2014
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L’idée fait son chemin et elle n’est pas pour déplaire à tout le monde. Un président de la République consensuel serait en effet l’émanation d’une convergence de vues politiques et stratégiques entre les grands rassemblements du pays qui, le jour « j » se réuniront en conclave pour proposer, ensuite, aux Tunisiens le nom de celui qui assumera la plus haute charge du pays.

Mais cette optique bute sur le refus des maximalistes qui posent, et d’ailleurs à juste titre, la question suivante : « dans ce cas pourquoi organiser des élections » ? Objectent-ils et ils ajoutent : « le président émanant du consensus ne sera-t-il pas l’otage de ceux qui l’ont choisi ? ». Et, finalement, pourrait-on encore observer, consensus et élections démocratiques sont-ils antinomiques ?

La vérité est que ce pavé jeté dans la mare de la grande effervescence électorale suscite la suspicion chez bon nombre de politiciens et, surtout, auprès des potentiels candidats pour Carthage, Suspicion, essentiellement, parce que l’idée émane d’Ennahdha, laquelle en plus, annonce qu’elle ne présentera pas de candidat à la Présidentielle, étouffant dans l’œuf, du même coup, la dissidence de Hamadi Jebali. Dans son esprit et dans sa logique, le mouvement de Rached Ghannouchi concentra encore ses efforts sur les législatives et donc, sur la future assemblée du peuple (recourant bien sûr à de nouvelles coalitions) et, donc, sur la Kasbah, l’épicentre du pouvoir réel, même si la nouvelle constitution accorde plus de prérogatives que n’en dispose l’actuel président de la République.

Les politologues pragmatiques, eux, réfléchissent autrement. Un président consensuel, argumentent-ils, pourrait être un stabilisateur efficace de la vie politique, et aurait toute latitude de se placer au dessus des intérêts partisans. En pleine crise de l’Algérie, de Gaulle avait été rappelé aux affaires de l’Etat, en sauveur de la France et c’est une fois installé à l’Elysée qu’il a d’abord réglé la question algérienne, «réinstitutionnalisé» l’Etat et donné naissance à la cinquième République, usant il est vrai d’une arme redoutable de sa fabrication : le référendum qu’il travestissait en plébiscite. Il reste une troisième catégorie d’analystes. Pour eux, la proposition d’un président consensuel est une idée soufflée par les Américains et les Français, qui (surtout, les premiers) avaient œuvré à un rapprochement entre nos deux « cheiks » Rached Ghannouchi et Beji Caîd Essebsi, dans l’esprit d’un futur deal Ennahdha/ Nidaa Tounés, et l’installation d’une bipolarité idéologique chère aux occidentaux.

La question est donc à l’ordre du jour. Et il n’est pas dit qu’elle ne séduira pas les Tunisiens. D’autant que l’expérience d’un consensus réussit jusque là avec le gouvernement Jomâa.

La question essentielle, au final, et au-delà du principe, sera : « qui » ? 

Raouf KHALSI