Les intellectuels et les artistes face à l’imposture politique - Le Temps Tunisie
Tunis Dimanche 21 Janvier 2018

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Jan.
21
2018

L’éditorial

Les intellectuels et les artistes face à l’imposture politique

Samedi 23 Août 2014
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C’est face à la dictature que foisonnent paradoxalement, la pensée intellectuelle et la création artistique. Quoi qu’ait fait le régime déchu pour aliéner  la pensée et pour rallier les artistes à sa machine propagandiste, il n’aura fait que cultiver la cupidité, mais  la liberté des consciences lui échappait. Les intellectuels, les libres-penseurs, les écrivains résidents réussissaient, quand même,  à se « frayer » des tribunes dans les médias  occidentaux, tandis que la liberté d’expression, à l’intérieur du pays, migrait sur les planches de théâtre et sur le grand écran. Gramsci était, donc,  conforté dans sa théorie de l’intellectuel organique.

 

Or, aujourd’hui,  le cocktail  intellectuels/artistes dans le moule  politique paraît explosif. La politique dans cette Tunisie en quête d’une purgation des passions, ne se présente pas uniquement comme étant l’exécutoire suicidaire de la pensée intellectuelle et des messages artistiques, mais par ricochet, elle  les prive de repères. C’est, dès lors, la schizophrénie  inévitable. « Privés » de la dictature qu’ils combattaient les intellectuels et les artistes ne savent pas trop quoi faire de la liberté d’expression ni comment  apporter leur contribution à l’édification démocratique.

 

La remise en cause existentielle d’Olfa Youssef, icône de l’intellectuel organique, est de ce fait,  fortement significative. Après avoir adhéré à Nida Tounès, dans l’esprit de lutter contre l’obscurantisme religieux,  elle se ravise qu’elle ne saurait user sa vertu intellectuelle  dans les gradations doctrinaires et idéologiques. Elle préfère, donc,  retourner à ses livres.

 

Sans doute, existe-t-il toujours une place pour les intellectuels et les artistes engagés. Et plus que jamais, les Tunisiens  attendent d’eux qu’ils interprètent leurs aspirations, leur diversité, leurs tourments existentiels et, surtout,  leurs idéaux. En cette époque d’imposture politique mise en scène par les partis (tous, sans exception), ils doivent se garder de se laisser asservir par la politique des charognards.

 

Raouf KHALSI