Sanctuaires ténébreux - Le Temps Tunisie
Tunis Jeudi 19 Juillet 2018

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Jul.
19
2018

L’éditorial

Sanctuaires ténébreux

Jeudi 21 Août 2014
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Le constat était patent, depuis que l’idéal de démocratie et de liberté, dont était porteuse la Révolution, est devenu caution à surenchères au nom d’un impératif religieux, toujours aussi vague et aussi imprécis. Ennahdha, on le sait (et il ne peut en être autrement), ne peut pas prétendre au monopole de la religion. Elle prône l’Islam politique, idée soufflée par les démocraties occidentales, par la Turquie et ses amis parmi les pays du Golfe, mais son projet ne saurait réussir si, par mégarde, il s’improvisait objecteur de conscience.

Or, quelques uns parmi ses suppôts continuent de critiquer la fermeture des mosquées sous l’emprise des salafistes et, ces derniers jours, leur fronde à l’endroit du gouvernement, à cause du gel de 157 associations douteuses, s’accentue. Leitmotiv sonnant comme une litanie ? Ce gel doit être décrété à leurs yeux par la justice. Et pourtant, il existe bien une loi sur les associations.

 Sauf qu’il s’agit de gel et non de dissolution.

Et le gel pourrait être décrété au nom de l’« ordre public impérieux ». 

On recense actuellement, en Tunisie, 18000 associations opérant dans des secteurs sociétaux divers, selon le principe fondateur de la vie associative, à savoir la solidarité et l’entraide. Les associations doivent être apolitiques et au dessus de tout soupçon de dérives idéologiques ou politiciennes et, bien entendu, loin de toute tentation de financement occulte.

Si le gouvernement a jugé, après enquêtes que les 157 associations gelées ne répondent pas à ces critères, il n’aura toujours agi que selon ce dont l’a chargé le Quartet : le ratissage des nominations partisanes, la dissolution des Ligues de protection de la Révolution, la normalisation des mosquées, et la mise au pas des associations ténébreuses et, même douteuses. Les membres des associations gelées ont dès lors, bruyamment manifesté à la Kasbah. Le plus virulent parmi eux fut,  justement, Habib Ellouze, l’un des faucons d’Ennahdha. En cette période pré-électorale où son maître à penser, Rached Ghannouchi, présente à coups de campagnes étrangères et d’opérations de séduction en Tunisie, un visage réformiste de son mouvement, on s’attend à une nette distanciation vis-à-vis des sanctuaires occultes de l’outrance et de l’obscurantisme, comme le sont, justement, quelques associations pour le moins instrumentalisées.

Raouf KHALSI