Un paysage dilué - Le Temps Tunisie
Tunis Mercredi 14 Novembre 2018

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2018

L'éditorial

Un paysage dilué

Samedi 16 Août 2014
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Que les têtes de listes électorales des partis soient déjà arrêtées ou pas encore, la compagne a bel et bien commencé. On ne peut pas, à cet effet, reprocher à Ennahdha d’avoir quand même une longueur d’avance sur les autres (du moins sur le plan organisationnel et structurel) tout comme les observateurs ne sauraient s’empêcher de relever des tiraillements et des rivalités acerbes, au sein de Nida Tounés.
Mais le problème n’est pas là. En dépit des magmas internes des grands partis, les observateurs envisagent au final, une nette bipolarisation de la vie politique.
Beaucoup d’autres partis iront se greffer à Ennahdha et d’autres à Nida Tounés. Et à l’heure du décompte final, on verra bien que les partis les plus bruyants ne seront pas forcément les gagnants.
Il reste que le paysage politique paraît dilué, dégageant un brouillard obstruant la visibilité des électeurs. Comment voteront en effet les Tunisiens ? En fonction de leurs déterminismes socio-culturels et religieux ? En fonction de leur soif de liberté et de démocratie, quitte à s’accommoder d’une démocratie consentante ? Voteront-ils, sinon, pour ceux qui proposent - avec des garanties de tenir leurs promesses – un projet, un vrai projet pour la Nation et concrétisent les réquisits de cette deuxième République, pour l’heure fantasmée parce que personne ne sait réellement de quoi elle découlera.
L’ennui c’est que le retournement de l’histoire, le 14 janvier 2011, aura plus servi les idéologies que les raisons pour lesquelles la dictature a été chassée. Et du coup, ce fut l’explosion chromosomique de la vie politique avec, actuellement, près de 190 partis, dont la plupart font dans le parasitage, même si le système électoral (la proportionnelle) n’est pas à leur avantage parce qu’ils n’auront guère de chance de survie, autrement que dans les alliances.
Or si lors des élections de 2011, l’éveil convulsif de la Démocratie pouvait justifier certaines dérives, les prochaines, au-delà de l’impératif compétitif, ne seraient pas exemplaires, et décisives pour l’installation d’un monde nouveau, si l’ont ne faisaient pas attention à l’opportunisme politique, au clientélisme, au pessimisme pervers et aux idéologies importées et contre-nature. Ces élections doivent être solennelles pour placer leur fauteuil dans le sens de l’Histoire. Et au préalable, une sélection naturelle devrait nous éviter de devoir renvoyer les bouffons et les hérétiques à leurs fantasmes. Les quatre vingt candidats pour Carthage en dressent déjà une burlesque préfiguration.

Raouf KHALSI