Prérogatives - Le Temps Tunisie
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L’éditorial

Prérogatives

Jeudi 14 Août 2014
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Le type de gouvernance en Tunisie est, pour le moins, biscornu. Mais il est loin d’être bicéphale dans la réalité. Le modus vivendi s’étant dégagé des élections de 2011 a fait en sorte que la concentration des pouvoirs se soit muée aux mains du chef du gouvernement. La physionomie du régime changeait de facto : avec la Troïka on était bel et bien dans la pure logique institutionnelle d’un régime parlementaire. Les théories de Yadh Ben Achour prônant un « régime panaché » (dans quels précis de droit constitutionnel a-t-il puisé cette panacée, imaginaire) ne pouvaient donc tenir la route, face à la soif du pouvoir de la Troïka. Que restait-il au président de la République ? Et qui plus est Marzouki précisément, c'est-à-dire le président auquel on s’attendait le moins et qui n’avait pas vraiment battu des records aux élections. Cette accommodation était donc plutôt du style « sois beau et tais-toi ».

Or, Marzouki est tout aussi militant que les autres. Il le revendique. Il ne veut pas faire de la simple figuration à Carthage, jadis fief du pouvoir personnifié et absolu. Depuis, de déviation en déviation, il n’aura eu de cesse de vouloir ramener un semblant de pouvoir en ses mains. Et cela s’est fait à coups d’extravagances, damant  le pion aux institutions, et provoquant un sérieux conflit de compétences.

Il faut être un Mitterrand, grand stratège du jonglage institutionnel, pour bousculer un premier ministre de droite quand la gauche perdait le pouvoir à l’issue des élections législative, deux ans après la présidentielle. Mitterrand, président sans réels pouvoirs au sein de l’exécutif, gardait néanmoins un « droit de regard » (et non pas un droit de décision) sur la Défense et les Affaires étrangères. Il y usait de son charisme et de sa dimension internationale. L’exemple d’une cohabitation à la française, en cette période délicate de l’histoire de la Tunisie, est-il néanmoins transposable ? 

Avant-hier, le président de la République a intronisé un nouveau chef d’Etat-major de l’armée de terre. Ce que les Tunisiens ne savent pas c’est que sans l’aval du ministre de la Défense et du chef du gouvernement, rien ne se serait fait. Passe encore pour la présomption messianique de Marzouki Chef suprême (formel) des armées et qui croit devenir un chef de guerre face au péril terroriste, dont s’occupe réellement le chef du gouvernement. Mais lorsqu’il use de prérogatives mal définies pour entériner la nomination des ambassadeurs et des consuls cela devient problématique. Justement : parce qu’on connait ses visions de la diplomatie, des relations internationales et on connait ses dérapages et ses prises de position du haut des tribunes internationales.

Raouf KHALSI