Enjeux inavoués - Le Temps Tunisie
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2018

L’éditorial

Enjeux inavoués

Mardi 12 Août 2014
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Il était 16H17 quand Meherzia Labidi, cachant mal son désappointement face à un hémicycle à moitié vide, déclarait ouverte la plénière engageant le débat du projet de loi anti-terroriste. Elle eut cette hyperbole timorée : « Avec l’aide de Dieu, je réussirai à réunir le quorum ». Voilà donc comment on s’engage dans la lutte contre le terrorisme. Mais passons…

Pourquoi donc cette loi ? Les exposés des motifs en spécifient le bien-fondé, même si cela faisait déjà un bon moment qu’elle n’était pas inscrite sur les tablettes prioritaires de l’ANC. Pourquoi ?

Parce que le bloc majoritaire y croyait (ou y voit encore) le prolongement de la loi n°75 de 2003 instaurée par le régime déchu. Les adeptes d’Ennahdha en auront en effet souffert, dès lors que cette loi donnait libre cours à une répression féroce et à une justice sommaire. C’est bel et bien un syndrome.

Or la loi de 2003 réprimait aussi tous les courants démocratiques et idéologiques qui luttaient, à l’intérieur, comme à l’extérieur contre la dictature. Même les opposants démocrates étaient ciblés surtout après la fameuse sainte alliance à Paris entre gauche et droite, et entre Nahdhaouis et démocrates.

Maintenant on ne comprend pas : quels motifs de craintes suscite le nouveau projet de loi surtout que son adoption abrogera la loi jugée « Tortionnaire » de 2003 ? 

A l’évidence, on n’arrive pas, quelque part, à briser le carcan, à s’élever au dessus des pesanteurs partisanes.

Et, plus inquiétant encore, on oublie que le terrorisme nous a déclaré une guerre dans les règles et qu’il y va de la survie de la Nation. Le contexte change par ailleurs. La loi de 2003, comme précisé plus haut, affublait tous les opposants de la présomption terroriste avec des procès au nom d’une accusation, toujours la même : complot contre la sûreté de l’Etat. Or, le nouveau projet de loi ne porte guère les nuées d’une chasse aux sorcières mais il est bel et bien un outil de lutte et de prévention contre un terrorisme devenu régional, bientôt mondial, et qui se base sur une composante religieuse corrosive en passe d’avoir les effets dévastateurs d’une bombe atomique, si on ne la désamorce pas à temps. Le terrorisme s’insinue aussi dans les associations, dans les mosquées, dans les écoles coraniques et aussi dans les cités à forte densité salafiste. Serait-ce là, le nœud gordien ? Les stratèges de l’Islam politique craignent-ils de devoir dénoncer les outrances salafistes et toutes les dérives jihadistes et takfiristes au nom de l’Islam, en votant cette loi ?

Raouf KHALSI