Face aux périls… - Le Temps Tunisie
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13
2018

L’éditorial

Face aux périls…

Mardi 5 Août 2014
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Non seulement la Tunisie est dans l’obligation morale, « maghrébine » (un concept auquel les autres pays de la région ne croient pas), d’accueillir les Libyens qui fuient l’enfer de leur pays, mais elle doit aussi veiller à ce que les Egyptiens soient évacués vers leur pays.

Voilà donc que tout retombe sur les épaules de la Tunisie, surtout que l’Algérie et l’Egypte ont hermétiquement fermé leurs frontières respectives avec la Libye.

Les incidences économiques et financières qu’exerce l’irrépressible affluence des Libyens sur la Tunisie sont quantifiables. La typologie même des nouveaux arrivés a changé par rapport au million de Libyens qui ont élu domicile dans notre pays en 2011. 

La donne change en effet : pas tous les Libyens sont friqués. 

Du coup, la Tunisie est de nouveau confrontée à un destin qui prend aujourd’hui les allures d’une véritable fatalité. Dans le bien et dans le mal, la Tunisie est aussi condamnée à « gérer » la Libye. Nos partenaires maghrébins, eux, se font bonne conscience en se limitant au verbiage diplomatique de la solidarité abstraite et creuse. Soit. 

Mais la Tunisie est aussi dans l’obligation vitale de veiller à son intégrité territoriale et à la préservation de son économie. Intégrité territoriale dans la mesure où les effusions sentimentales et compassées vis-à-vis de nos voisins libyens ne doivent pas nous faire perdre de vue le fait que bien des périls (ceux du Châambi) sont venus de Libye et que les ramifications d’Ansar Al Chariaâ y sont malheureusement bien implantées. 

Et surtout maintenant qu’elles bénéficient de l’argent et de la logistique de Daëch en passe de se rallier à l’Aqmi dans la région. Les autres pays du Maghreb ainsi que l’Egypte qui se croient immunisés contre cette nouvelle mouvance sous-estimeraient l’intensité du danger. 

Préservation de l’économie parce que nos équilibres sont fragilisés par le recul de la production, la précarité de nos réserves en devises par la chute du dinar et les incertitudes du tourisme. Les contrecoups d’une forte concentration libyenne se traduiraient par une effervescente spéculation immobilière, la contrebande et le marché informel. Le gouvernement Jomaâ a donc à affronter plusieurs problèmes à la fois. Depuis le terrorisme, jusqu’à l’économie, en passant par la saignée libyenne, il faut bien admettre qu’il est seul face aux périls. Car la société civile ne bouge que pour dénoncer les dérives des politiques alors que ceux-ci se font fouetter par leurs propres chats.

Raouf KHALSI