Se prémunir pour que l’embrasement de la Libye ne s’exporte pas sur notre sol - Le Temps Tunisie
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Le voisin du Sud en ébullition

Se prémunir pour que l’embrasement de la Libye ne s’exporte pas sur notre sol

Vendredi 1 Août 2014
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Se prémunir pour que l’embrasement de la Libye ne s’exporte pas sur notre sol

Dans l’histoire moderne du Maghreb arabe, on n’enregistre presque pas du tout de grosses embrouilles, ni de conflits violents, ni même de légers nuages diplomatiques entre la Tunisie et l’Algérie, son voisin de l’Est. En revanche, avec la Libye, et depuis bientôt cinq décennies, notre pays a connu plus d’un soubresaut. Aujourd’hui, en 2014, nous atteignons un pic dans la tension venue de ce territoire frontalier : l’embrasement de la Libye menace de s’exporter sur notre sol ! Tout le monde en est conscient, mais les mesures extrêmes ne sont pas encore prises ; certes la fermeture de nos frontières avec la Libye est envisagée par le Ministre tunisien des Affaires étrangères, mais manifestement il n’y a pas de consensus là-dessus. Le Président Marzouki n’est, paraît-il, pas favorable à pareille décision. En attendant, à Ras Jedir, des milliers de ressortissants libyens ou d’autres nationalités fuient en direction de la Tunisie. On parle là-bas de grand renfort sécuritaire et de fouilles systématiques et minutieuses des réfugiés ; quelques rares armes ont été confisquées aux ressortissants libyens, en particulier. A la même heure, on apprend que la Tunisie a libéré trente six détenus libyens qui seront livrés aux autorités de leur pays : ces prisonniers ont bénéficié de la dernière grâce présidentielle accordée à l’occasion de la Fête de la République. Il s’agirait essentiellement de trafiquants de drogue. On n’en saura pas plus ; mais bien des questions nous titillent pour savoir qui sont ces détenus libérés, s’ils ne sont pas de ces « terroristes » dont les milices islamistes jihadistes réclamaient la libération contre celle de nos diplomates pris en otage  en mai et juin derniers ; sinon sur la base de quels éléments favorables cette remise en liberté a été décidée ; en bref, nous aimerions comprendre les dessous de ce dossier qui nous semble en étroit rapport avec la menace qui pèse sur la sécurité nationale tunisienne.

Inquiétude amplement justifiée

La Libye est considérée aujourd’hui comme l’épicentre de la menace terroriste et criminelle concentrée sur notre territoire et sur l’ensemble du Maghreb et du Sahel africain. Sauf qu’à chaque crise libyenne, c’est la Tunisie qui en paie le prix la première : en 2011, le danger était moindre, mais cette année, nous n’avons pas que le flux des réfugiés à craindre ; c’est plutôt l’élargissement jusqu’à notre sol du champ des conflits libyens internes. De toute manière, le contexte y est favorable depuis un certain temps : le géopoliticien Mehdi Taje énumère comme suit les motifs d’inquiétude pleinement justifiés du côté tunisien. La Libye compte actuellement divers groupes islamistes terroristes (libyens ou réfugiés en Libye) qui soutiennent des mouvements intégristes radicaux tunisiens ; le sol libyen est par ailleurs transformé en base de repli, d’entraînement et d’organisation pour ces groupes terroristes tunisiens ; ces mêmes éléments s’infiltrent sur le sol tunisien sous diverses formes et y régentent toutes sortes de trafics, notamment celui des armes ; de plus, les centaines de milliers de Libyens résidant encore en Tunisie ( on parle de plus d’un million) pourraient faciliter l’exportation en Tunisie des combats entre factions libyennes. 

Le nouvel ordre maghrébin 

Après l’ère Kadhafi pendant laquelle les turbulences de ce dernier ont provoqué plus d’un différend entre la Tunisie et la Libye, nous voilà de nouveau confrontés aux « humeurs très versatiles » du voisin du sud. Les Tunisiens croyaient avoir fait leur devoir de bon voisinage en accueillant les réfugiés de 2011, en facilitant les frappes de l’OTAN, en applaudissant la chute du régime de Kadhafi et en soutenant les premiers efforts révolutionnaires pour donner naissance à une démocratie forte et durable en Libye. Que non, hélas ! Nous sommes presque punis pour ces gestes généreux : une immense piovra s’active sur nos frontières libyennes pour une grave déstabilisation de notre pays. La Tunisie se présente comme une première et cruciale étape pour l’embrasement de l’Algérie voisine et peut-être même du Maroc provisoirement à l’abri des secousses régionales. La Libye est aujourd’hui le siège d’une nébuleuse internationale chargée de mettre en place le « nouvel ordre maghrébin » dont l’agenda, comme celui du Printemps arabe, va commencer par la Tunisie. Y sommes-nous bien préparés, à ce scénario maléfique ? Les officiels disent que oui, mais les experts en doutent. La réunion des diplomates tunisiens, algériens, égyptiens, soudanais, nigériens et tchadiens, qui s’est tenue à Hammamet le 13 juillet dernier, en vue de coordonner les efforts et les initiatives visant à engager un dialogue national libyen susceptible de renforcer les institutions de l’Etat et de réussir le processus de transition démocratique en Libye, cette réunion n’a semble-t-il pas donné de suite ; le chaos et l’anarchie ayant atteint désormais leur apogée sur le terrain. Chez nous, l’inquiétude est montée d’un cran depuis que l’on a commencé à kidnapper nos diplomates et également nos ressortissants en Libye. Maintenant le danger se précise : le voisin du sud ne nous veut pas du bien, mais rien ne garantit que nos dirigeants comprennent bien ce que cache l’actuel péril libyen!

Badreddine BEN HENDA

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