La Tunisie seule, face au péril libyen - Le Temps Tunisie
Tunis Samedi 20 Octobre 2018

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L’éditorial

La Tunisie seule, face au péril libyen

Jeudi 31 Juillet 2014
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C’est notre destin. La Tunisie est condamnée à subir, de tout temps, le métabolisme libyen. Aujourd’hui, le mot guerre civile en Libye n’est plus adéquat. Il n’y a plus d’Etat, plus d’armée d’Etat si ce n’est des résidus d’Al Kataïeb, ( l’armée régalienne de Gueddafi) qui n’a rien de légitimiste et qu’on soupçonne de s’apprêter à mettre ses hommes et sa logistique de guerre au service des « Jihadistes ». 

Dans le cadre de la cellule de crise, le Chef du gouvernement a ordonné que toutes les dispositions soient prises pour rapatrier nos ressortissants résidant en Libye. Mais c’est dramatique : la plupart laisseront leurs biens et les économies d’une vie de labeur en Libye et comme cela s’est produit par le passé ( en 83 quand « l’ami Kadhafi expulsait 40 mille Tunisiens), nos ressortissants ne sont pas sûrs de récupérer leurs biens, si par miracle, ils retourneront en Libye. Mais la Tunisie est aussi tenue d’assumer un devoir humanitaire et moral envers les Libyens qui fuient l’enfer de la guerre et qui se réfugient en Tunisie. Au million de Libyens réfugiés en Tunisie depuis la chute de Kadhafi, s’ajoutera un nouveau contingent qui se chiffre déjà, selon les statistiques du point de passage de Ras Jédir, à des dizaines de milliers. D’autant que l’Algérie a énergiquement fermé ses frontières et qu’il ne leur reste que la Tunisie. Pour sa part, après avoir été quelque peu décongestionné, le camp des réfugiés de Choucha est de nouveau surpeuplé même si les autorités tunisiennes, avec le concours du Haut Comité des réfugiés, s’affairent pour y assurer des conditions de vie décente. 

Mais cette overdose guerrière en Libye n’est pas sans faire planer de sérieux périls sur la Tunisie. Infiltrations d’armes, de contrebande et surtout de Djihadistes tous obéissant à la centrale de l’Aqmi absolument résolue à mettre les pays du Maghreb ( ainsi que le Mali, plaque-tournante de la mouvance de l’enfer) à feu et à sang. En Algérie et au Maroc on a décrété un état de veille extrême. L’armée tunisienne et les forces de sécurité sont déjà, depuis au moins une année, en état d’alerte même si le Chaâmbi paraît jusque là inexpugnable. Or voilà que la démission du chef d’Etat-major de l’armée de terre provoque une sérieuse vague de scepticisme et d’interrogations dans cette situation de guerre contre le terrorisme. Les politiques, qui ont des réponses à tout, nous diront bien sûr ce qu’il en est. Sauf qu’au delà des généraux, l’armée doit être soutenue pour ériger des parades contre les agressions intégristes venant de Libye. L’ennui c’est que les forces occidentales, et surtout les Etats-Unis, théoriciens du Printemps arabe, regardent. Elles interviendront quand les Libyens auront fini de s’entre-tuer jusqu’au dernier. Là, elles se jetteront sur les gisements de pétrole. 

… Entre temps, la Tunisie est seule pour y faire front. 

Raouf KHALSI