De Tunis à Auckland : Fragments de voyage(3) - Le Temps Tunisie
Tunis Dimanche 27 Mai 2018

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De Tunis à Auckland : Fragments de voyage(3)

Dimanche 20 Juillet 2014
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De Tunis à Auckland : Fragments de voyage(3)

Extrême pauvreté versus luxe indécent. Evidemment quand on regarde de plus près on voit un second tableau, malheureusement beaucoup plus répandu que le premier. Dans le quartier commercial le métro suspendu semble littéralement séparer deux mondes. A gauche, des centres commerciaux plus immenses les uns que les autres se livrent à une guerre du luxe écœurante, alors qu’à droite les façades des petits commerces de contrefaçons décrépissent. Mais je crois que le plus affolant c’est l’envers du décor. Derrière les grandes enseignes de restauration américaine, même les rats n’ont pas survécu à ces cuves remplies d’un liquide moisi, suspendues sous les fenêtres des pauvres qui faute de pouvoir choisir, louent les appartements sordides situés là.

Comme beaucoup, la misère des autres me touche. Et comme beaucoup, je n’ai rien fait. Ni pour les soulager, ni pour me soulager. Je suis juste retournée à l’aéroport parce que mon escale était terminée. Il fallait grimper dans le prochain avion et puis je pourrai oublier.

L’aéroport de Kuala Lumpur est plutôt grand et il y a tout ce qu’il faut : restauration, prêt à porter, boutiques de luxe. C’est en flânant dans l’attente de notre prochain vol que nous les avons vus, comme une piqûre de rappel de ce sentiment que l’horreur cause aux passifs et que j’essayai d’étouffer. Une trentaine d’hommes aux crânes rasés, pieds nus et en guenilles, étaient escortés par les officiers de l’aéroport. Probablement des immigrés clandestins renvoyés au Myanmar. Ce n’est qu’en faisant des recherches plus tard que j’ai pu mettre des mots sur cette scène. « 90% des demandeurs d’asile en Malaisie sont birmans et en ce qui concerne les réfugiés le pays ne dispose pas de cadre légal ». Une image pour ne rien oublier.

Ca y est on y est dernière ligne droite, dans une dizaine d’heures on sera au bout du monde. A peine à bord du Boeing 777 de Malaysia Airlines - si cela vous rappelle quelque chose - nous sombrons dans un profond sommeil, malgré les interminables turbulences.

Enfin, nous y sommes. 40 h de voyage, 6 plateaux repas beaucoup trop épicés, 1h30 d’attente entre le changement de devises et la police des frontières auront eu raison de l’excitation. Nous voilà dans la queue pour refaire scanner nos bagages à nous demander si notre mini pot de moutarde de Dijon au miel va nous faire reconduire à la frontière pour attentat à la sécurité environnementale néo-zélandaise. Le pays a une politique très stricte à ce sujet. La liste des produits prohibés est interminable. Bref, en pleine léthargie nous sortons sans savoir qui nous attend, si on nous attend.

Leyla Katarina Cherif

 (New Zealand)

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