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Les défis technologiques relevés par le Japon.. Par Juichi Takahara, Ambassadeur du Japon en Tunisie

Jeudi 10 Juillet 2014
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Les défis technologiques relevés par le Japon.. Par Juichi Takahara, Ambassadeur du Japon en Tunisie

Dans ma dernière lettre au sujet de la culture du Japon, j’avais évoqué la curiosité des Japonais envers les biens et les techniques extérieurs ainsi que leur propension à s’en imprégner et à les assimiler dans leur propre culture afin de l’enrichir tout en continuant sans cesse à sophistiquer et raffiner leur technique. 

Je me permettrais, aujourd’hui, de vous faire parvenir mes réflexions personnelles sur la technologie japonaise. Je voudrais plus précisément vous faire part de quelques éléments qui ont stimulé et contribué au développement de la technologie du Japon, et sa mise en pratique pour satisfaire diverses exigences. 

Les développements technologie s’est à chaque fois réalisé pour faire face à des défis qui se posent à un temps donné. C’est ainsi que le Japon a développé ses technologies dans les domaines de  l’environnement et de l’énergie, en surmontant deux défis majeurs qui sont survenus à savoir la pollution et la crise pétrolière. Grâce à la forte expansion économique ( de décembre 1954 jusqu’à novembre 1973), le Japon s’est hissé au rang de deuxième puissance économique mondiale en 1968, mais cette croissance a provoqué, en même temps, des impacts négatifs sur l’écosystème tels que la pollution atmosphérique, terrestre  et aquatique. De même, la décision  en octobre 1973 de l’augmentation unilatérale du prix du pétrole, qui était la source principale d’énergie japonaise à partir des années 60, a engendré une ascension vertigineuse du prix à la consommation au Japon qui venait de subir la pénurie du « choc Nixon » en 1971. La suspension de la production pétrolière qui a suivi la révolution iranienne en février 1979 et l’augmentation du prix du brut par l’OPEP en 1979 ont également affecté l’économie japonaise à un certain degré. 

Face à ces défis, le Japon a développé la technologie pour l’efficacité énergétique et le renforcement de l’utilisation d’énergies renouvelables (énergie solaire, énergie géothermique, etc). En parallèle des mesures de sobriété énergétique et l’adoption de comportements anti-gaspillage d’énergie ont été encouragées dans les domaines du transport, du bâtiment et de l’industrie, en plus de la technologie verte qui consiste en la réduction de la consommation de l’énergie, la gestion des déchets ( recyclage, incinération des ordures ménagères, épuration des eaux, etc), la réhabilitation ou l’assainissement des lieux contaminés, etc. 

A partir des années 90, la technologie de l’environnement pour réduire notre empreinte écologique a fait davantage de progrès afin de répondre à plusieurs inquiétudes : la crainte d’un épuisement des ressources naturelles et particulièrement des combustibles fossiles, le réchauffement climatique causé notamment par les émissions de gaz à effet de serre liées à la forte consommation d’hydrocarbure. Par conséquent, les automobiles japonaises ont été développées de sorte qu’elles ne consomment que peu d’essence, le taux de fuite d’eau dans les réseaux d’alimentation en eau potable n’atteint que trois pour cent à Tokyo et les centres d’incinération des ordures ménagères ne dégagent ni fumée, ni bruit, ni mauvaise odeur. 

Au Japon, le secteur privé joue un rôle prépondérant dans la promotion de la science et de la technologie. Pour l’année 2011, le Japon a eu un des taux les plus élevés des dépenses en matière de recherche et développement, soit plus de 3 pour cent du produit intérieur brut (PIB), et 70 pour cent de ce montant total sont les dépenses du secteur privé, 20 pour cent sont attribués aux universitaires et les dépenses publiques ne représentent que moins de 10 pour cent. 

Lorsque l’on parle du secteur privé japonais, il y a une idée reçue selon laquelle le nombre de grandes entreprises comme Toyota ou Sony est élevé, mais la réalité est tout autre. En effet, 99 pour cent des entreprises japonaises sont des petites et moyennes entreprises ( PMEs) qui concentrent 70 pour cent des emplois. Au Japon, les PMEs se démarquent en misant sur les nouvelles technologies. C’est ainsi qu’à Tokyo, une petite usine qui fabrique des casseroles, et qui grâce à sa technique très élaborée a été sollicitée par une société d’aérospatiale pour fabriquer des pièces d’engins spatiaux. Une autre société qui ne compte environ que cinq ouvriers a réussi à fabriquer la plus fine aiguille à injection du monde, qui est indolore : un diamètre de 0,2 mm à la pointe et 0,35 à la base, l’équivalent de la trompe d’un moustique. 

L’entreprise et l’université ainsi que les centres d’études peuvent être de bons partenaires au niveau de la recherche et de la mise en application de ses résultats car la première détient les attentes du marché par le biais de la recherche marketing et la dernière peut s’attacher à faire des recherches pendant une longue période payant peu d’attention à la rentabilité, et ce partenariat est encouragé par le gouvernement qui considère que la recherche et développement (R&D) occupe une place croissante dans la compétitivité économique et mène à une bonne croissance économique du pays. 

Afin qu’un pays pérennise ses technologies à l’avenir et reste compétitif vis-à-vis des autres pays, la formation, l’éducation et la recherche et développement sont importants. De ce point de vue, le Japon a promu la politique des pôles de compétitivité favorisant le regroupement des entreprises et la coopération des instituts de recherche et des organismes de formation et d’éducation. Les pôles de compétitivité allient la recherche sur la technologie et sa mise en œuvre à des fins commerciales. Des travaux à l’université parrainés et en collaboration directe avec l’entreprise y sont menés et les résultats des recherches par l’université bénéficient efficacement au secteur privé. Les pôles favorisent également l’emploi des étudiants ayant les connaissances requises. En outre, les brevets de la propriété industrielle détenus par l’université sont exploités par les entreprises. Ainsi grâce aux pôles de compétitivité, la R&D et les activités économiques sont en liaison directe, la création intellectuelle est plus efficace et on assiste à l’émergence d’éminents scientifiques et techniciens. 

Juichi TAKAHARA 

Ambassadeur du Japon 

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