Manœuvres sur un échiquier étroit - Le Temps Tunisie
Tunis Mercredi 19 Septembre 2018

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2018

L’éditorial

Manœuvres sur un échiquier étroit

Jeudi 10 Juillet 2014
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Les statistiques sont toujours mensongères et exercent même un effet anesthésiant avec les volubilités de l’optimisme béat alors que la réalité du terrain peut tout infirmer. Nidaa Tounès est tombé dans ce piège, croyant, au vu des scores enregistrés depuis un an et demi que la Kasbah et Carthage lui étaient acquis. Le Front Populaire de Hammam Hammami qui reste, dans son essence, un parti  d’extrême gauche,  a lui aussi fantasmé à satiété  croyant qu’il représente effectivement une force de frappe électorale. Il oublie que les ouvriers tunisiens dans lesquels il espère puiser son électorat ne votent pas pour un parti, parce que dans leur imaginaire, « leur parti » c’est le syndicat. L’intelligentsia de gauche, adepte  de la « révolution permanente » est, pour sa part,  réticente : pour elle, du moins, pour la plupart de ceux qui la composent, les rassemblements de gauche, en Tunisie,  continuent de débiter  un discours réactionnaire et populiste. C’est  ce que Hamma Hammami , pourtant  aux relents de plus en plus embourgeoisés, n’a pas vu venir. Quant aux autres partis,  qu’ils soient de droite, centristes ou de gauche, eh bien, ils attendent, ils laissent venir puisque leur destin de survie ne peut être  que dans les coalitions.

Il est tout à fait normal et coutumier  que le leader du Front Populaire tire à boulets  rouges sur tous et tout le monde. Le gouvernement, l’ANC,  les institutions etc… Sa dernière tirade (Cf P.3) il l’a  orientée vers l’ISIE  coupable  à ses yeux, de « rouler pour Ennahdha ». Il s’attaque aussi   au gouvernement de Mehdi Jomaâ, qui reste pourtant  neutre. Et puis, il en veut à Ennahdha, dont l’électorat  est acquis  depuis les précédentes élections. Mais la démocratie, a aussi ses revers : les lobbies  autour d’Ennahdha se sont formés et consolidés en silence même du temps  et après  les déconfitures  gouvernementales de la Troïka. Rached Ghannouchi  ne cesse de présenter  une image réformatrice de son parti à coups de campagnes  médiatiques  à l’étranger et d’opérations de séduction en Tunisie : le BAC et le Ramadan. Croire  qu’un parti islamiste  puisse se métamorphoser en démocratie,  cela représente une autre paire de manche, parce qu’il   faudra aussi que les Nahdhaouis   chassent ce syndrome dissociatif de la persécution qui les hante.  Il n’en demeure pas moins que ce paysage  politique à quelques encablures  des élections,  est principalement  marqué par l’ébranlement  des certitudes sur lesquelles vivait Nidaa Tounès. Béji Caïd Essebsi a peut-être mal évalué le danger que représente  la récupération  des « Destouriens » et des « Rcédistes ». Dans  l’imaginaire collectif,  cela renvoie à des souvenirs   dont les blessures ne se sont  pas encore cicatrisées. Il a aussi négligé l’impact  médiatique du linge sale lavé en public de son parti. Du coup, le leader  de Nidaa Tounès a fait comme Hamma Hammami : s’en prendre à l’ISIE, avec, cependant,  et en filigrane,  un changement de trajectoire  pour une réconciliation avec le Front du Salut et des clins d’œil à Ennahdha, en souvenir de l’entrevue à Paris, avec Rached Ghannouchi...

Raouf KHALSI

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