Imposture religieuse - Le Temps Tunisie
Tunis Dimanche 23 Septembre 2018

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2018

L'éditorial

Imposture religieuse

Samedi 5 Juillet 2014
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Un Imam, certainement fondamentaliste, refuse de procéder à  la prière des morts pour l’un des soldats tombés au champ d’honneur. Près d’une cinquantaine de mosquées – et d’autres d’un même nombre se sont déclarées en ce Ramadan - continuent de distiller leur venin, la haine takfiriste et les appels au jihad et à rejoindre le nouveau califat, en toute impunité et sous le regard médusé des sécuritaires.
Les déclarations rassérénantes, du ministre du Culte,  il y a quelques jours, à propos de la normalisation des mosquées, se révèlent être une berceuse. Il a bien précisé qu’une quarantaine de mosquées échappent au contrôle de l’Etat, mais il feignait d’oublier que les outrances et les dérives de la foi foisonnent systématiquement  depuis trois  ans, en plein Ramadan. Or, (et qu’on nous taxe de takfirisme), pourquoi ne ferme-t-on pas tout bonnement les mosquées-rebelles, particulièrement dans les foyers  à haute densité salafiste ? Blasphème ! entendrons-nous dire autour de nous !
La vérité est que, si le gouvernement a globalement résolu la problématique des nominations partisanes et concocté  une loi de finances complémentaire (dont on espère qu’elle ne sera pas balayée  par le prochain gouvernement « élu »), il n’a pas encore les moyens de dissoudre  totalement les Ligues de protections de la Révolution (qui se manifesteront lors des prochaines élections), pas plus qu’il n’ait pu juguler la haine propagée dans plusieurs mosquées dans les quartiers chauds. A l’origine de cette impuissance, le reflexe systématisé et non moins conditionné, consistant à s’attaquer aux conséquences du problème et non à ses causes.
Pourtant ses causes sont avérées, même si la nouvelle façade réformiste d’Ennahdha s’attèle à les diluer dans le temps et dans l’espace. N’est-ce pas Ennahdha qui a été à l’origine de l’amplification de la pieuvre des milices et l’exacerbation de la violence salafiste ? Le tout puissant Habib Ellouze, n’a-t-il pas déclaré que s’il était plus jeune, il rejoindrait les jihadistes en Syrie ? Le cheikh suprême  des Nahdhaouis, n’a-t-il pas, à son tour, affirmé qu’il revoyait sa jeunesse  en les salafistes ? Rien d’étonnant, dès lors, que les dérives se fassent au grand jour provoquant autant l’Etat que la société civile.
Tétanisés, formatés, dressés pour l’inquisition, les salafistes takfiristes sont sur une autre planète.
Mais, qu’Ennahdha ne fasse rien (elle, qui les a épaulés), pour les ramener à la raison, eh bien, elle se met dans l’imposture  religieuse par rapport au nouvel habillage réformiste  dont elle se drape.

 

Raouf KHALSI