Interview d’ Anouar Brahem qui ouvre avec «Souvenance».. «Le festival de Carthage était devenu à un certain moment, une succursale de Rotana…» - Le Temps Tunisie
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Interview d’ Anouar Brahem qui ouvre avec «Souvenance».. «Le festival de Carthage était devenu à un certain moment, une succursale de Rotana…»

Jeudi 3 Juillet 2014
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Interview d’ Anouar Brahem qui ouvre avec «Souvenance».. «Le festival de Carthage   était devenu à un certain moment,  une succursale de Rotana…»

Tout le monde s’accorde pour dire et affirmer qu’Anouar Brahem constitue aujourd’hui l’une des figures les plus influentes qui ont marqué de leur empreinte la musique arabe contemporaine et les compositions instrumentales de ce maître du Oud ont enchanté, trois décennies durant, différents publics des quatre coins de la planète. « Et bien avant son triomphe international, c’est en Tunisie qu’il a bâti –écrit-on- les fondements de son édifice depuis les années quatre-vingt.  Ses morceaux d’anthologie marquent toujours les esprits et font désormais partie intégrante de la mémoire collective nationale ». En 2012, au lendemain de la révolution tunisienne, Anouar Brahem est nommé membre à vie de l'Académie Tunisienne des Sciences des Arts et des Lettres.

Nous l’avons interviewé à ses premiers débuts dans les années quatre- vingt, lorsqu’il    prend  la direction de l'Ensemble Musical de la Ville de Tunis avec lequel il signe plusieurs créations dont: « Ennaouara el âachqua »  , née de sa rencontre avec le poète Ali Louati, d’où le fulgurant succès  qui a été suivi par tant d’autres consécrations aussi bien en Tunisie qu’ailleurs. Anouar Brahem a obtenu plusieurs distinctions à l’instar du Prix national de la musique (1985), l’Edison Award, (Hollande 2006), ainsi que l’Echo jazz du Meilleur Musicien International de l’Année, (Allemagne 2010)…

Sa carrière internationale, rappelons le, a été marquée au début des années quatre-vingt-dix par le début de sa collaboration avec ECM Records et neuf albums, « Barzakh », « Conte de l’incroyable amour », « Madar », « Khomsa », « Thimar », « Astrakan Café », « Le pas du chat noir », « Le voyage de Sahar » et  « The Astounding Eyes of Rita »,  ont vu le jour avec cette prestigieuse maison de disques. D’ailleurs,  ECM, label éditeur de la musique d’Anouar Brahem, vient d’être élu «Label de l’Année» par le prestigieux DownBeat International Critics Poll 2014.

Notre célèbre musicien   qui n’a pas pris une seule ride et sur lequel le temps n’a pas eu d’emprise,  garde toujours  une grande puissance mélodique ; il viendra retrouver  le  10 de ce mois et  après plusieurs années d’absence,   le Théâtre romain de Carthage pour présenter sa nouvelle création instrumentale « Souvenance ». Moments fort attendus par un  fidèle public de mélomanes. Entretien. 

 

*Le Temps : selon les critiques, Anouar Braham est en quelque sorte l’éclaireur du  chemin vers l’universalité pour de nombreux musiciens du  Oud. Qu’en pensez-vous?

Anouar Brahem : c’est à celui qui a émis cette réflexion, d’en assumer la responsabilité. Il me semble que cette référence rappelle sans doute que j’ai commencé au début des années quatre-vingt à donner des concerts de  musique exclusivement instrumentale et   qui à l’époque relevait d’une sorte de défi,  était considéré tout de même comme une bizarrerie par certaines personnes. Les  gens et les musiciens essentiellement aussi bien en Tunisie que dans le Monde Arabe,  étaient sceptiques à  la musique instrumentale. Mais depuis ce temps, les choses ont réellement évolué et on peut dire qu’il ya  actuellement, un vrai public ouvert et réceptif à ce genre de musique et qu’il ya aussi une génération de jeunes musiciens, notamment de  joueurs de Oud qui  ont fait particulièrement ce choix de la musique instrumentale et qui fort heureusement,  arrivent à s’affirmer aussi bien dans leur propre pays  que sur la scène internationale.

 

*Votre concert d’ouverture du festival de Carthage le 10 juillet 2014,  s’intitule « Souvenance » ; pourriez-vous nous en parler  surtout que vous  associez pour la première fois, un Ensemble à cordes à votre travail de composition.

-C’est effectivement la première fois que je travaille avec un orchestre à cordes et que ma musique sera interprétée aussi bien par des solistes   que   par un Ensemble de musiciens de Tallinn. Ce projet inédit réunira en effet,  20 musiciens de l’Orchestre à cordes de Tallinn et un quartet formé parle pianiste François Couturier, le clarinettiste Klaus Gesing, le bassiste Björn Meyer et moi-même,  au oud.

Il faut dire, j’en suis   le premier surpris vu que j’ai eu plusieurs sollicitations pour travailler avec un Ensemble à cordes et que j’avais toujours reporté cette idée  or il se trouve que dans le processus de création de ce nouveau projet, cette idée s’est, peu à peu, imposée à moi.

L’autre particularité de ce travail, c’est qu’il s’agira d’un programme de musique instrumentale inédit que je propose à Carthage. La totalité des pièces sont celles  que j’ai composées ces trois dernières années ; période au cours de laquelle, le pays a vécu des événements d’extrême importance.

Je ne sais  pas si ces événements ont influencé mon travail, par contre, je dirai qu’ils m’ont énormément marqué. Je pourrai aussi ajouter que c’est la  première fois que j’ai le sentiment qu’une expérience collective comme celle que nous avons tous vécue en tant que Tunisiens, pourrait avoir une incidence sur mon travail de compositeur qui est par définition, un travail  solitaire;   ce qui est le cas d’une manière générale. Même s’il est difficile de parler d’influence, on remue des choses à l’intérieur de soi d’une manière involontaire et inconsciente.

 

*Pourquoi avoir choisi le titre de « Souvenance » qui sera celui de votre prochain disque ? 

-Je n’explique jamais les titres. Il est important que chacun puisse ressentir et donner un sens à sa propre interprétation. La musique instrumentale nous donne la faculté d’imaginer des choses et c’est l’un de ses atouts majeurs.

 

*L’on se rappelle tous que vous avez marqué d’une pierre blanche,   l'ouverture du festival de Carthage en 1988 avec « Nuit d’Oiseau » et la clôture   en 1992 avec « Ceinture d'Or ». Avec ce concert d’ouverture de la 50ème édition, vous retrouvez le théâtre romain de Carthage après 22 ans d’absence. Pourquoi avoir attendu tout ce temps là pour renouer avec  votre fidèle public? 

-Il ya une première chose, c’est que depuis le début des années quatre-vingt dix,   ma musique s’est tracé  une direction et prit un tournant assez intimistes, ce qui m’a amené  à éviter la plupart du temps, les très grandes salles et le plein air. Et puis Carthage a pris à cette époque une orientation de  plus en plus tournée vers la musique populaire et commerciale ; il est devenu à un certain  moment  une succursale de Rotana, ce qui n’est pas le cas par rapport au festival Baalbek au Liban qui, à quelques exceptions près, s’est toujours gardé de programmer des spectacles de qualité. 

Il faut dire même si j’ai eu quelques propositions de la part de Raouf Ben Amor, je les ai  toutes déclinées parce que je considère que pour faire l’ouverture d’un festival, il faut au minimum une année de travail.  Plus récemment, le précédent ministre de la Culture m’a sollicité pour l’ouverture 2012 et renouvelé sa demande pour 2013  mais cela ne s’est pas fait parce que je n’avais pas un nouveau programme et je ne savais même pas si un nouveau projet pouvait passer dans un espace pas suffisamment défini pour un tel événement.

Il se trouve aussi  que Mourad Sakli a été nommé directeur du festival de Carthage ; il était  venu me voir en avril 2013 pour me suggérer de participer à la 50ème édition du festival. Je lui ai fait savoir que j’étais en train de travailler sur un projet. Et quand il a été nommé ministre de la Culture, c’était   Sonia Mbarek qui a pris en charge cette proposition  en fournissant  beaucoup d’efforts pour rendre cette programmation possible. Malgré mes réticences de jouer en plein air, j’ai fait le pas car cette expérience commence par la Tunisie.

 

*Après le concert d’ouverture du festival de Carthage, vous procèderez à la clôture de la tournée mondiale de « The Astounding Eyes of Rita », d’ici l’automne prochain pour entamer une nouvelle tournée avec « Souvenance » en décembre 2014. Quelles seront les différentes étapes relatives à ce programme?

-Effectivement, la tournée avec « Souvenance » commence en décembre 2014 à Munich en Allemagne ; en avril 2015  la tournée nous mènera à Dublin en Irlande,  à Bâle en Suisse, à Lisbonne au Portugal puis à Aix En Provence en France. Au mois de juin 2015, seront programmés  trois concerts ; à Bordeaux en France, à Zurich en Suisse puis Le Guéret, France

 

*Parallèlement à votre répertoire personnel, vous collaborez avec le cinéma en composant les musiques originales de  films tels que « Halfaouine » de Férid Boughedir, « Bezness » de Nouri Bouzid ou encore, « Les silences du Palais » de Moufida Tlatli, pour ne citer que ces œuvres cinématographiques. Avez-vous de nouveaux projets dans ce sens ?

-Non ! Il faut dire que j’étais très pris ces dernières années notamment sur l’actuel projet.  Vous savez, le cinéma a ses contraintes de planning et de timing. Il faut être à la disposition de la production alors que moi,  je donne la priorité à mon travail personnel, ce qui rend  parfois ma collaboration difficile avec le cinéma.

Propos recueillis par :

Sayda BEN ZINEB

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