Le « califat » de l’apocalypse - Le Temps Tunisie
Tunis Dimanche 18 Novembre 2018

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L’éditorial

Le « califat » de l’apocalypse

Jeudi 3 Juillet 2014
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Alors que la classe politique tunisienne  exaspère les Tunisiens par l’hypocrisie de ses idéologies, le jeu de la vanité et de la musarde dans lequel elle s’enfonce et sa course obsessionnelle au pouvoir, la menace terroriste change de physionomie et risque sérieusement d’embraser le monde arabo-musulman, dont nous faisons, bien sûr, partie. Nous continuons d’ignorer les convulsions de l’Irak, tout près de l’implosion, ainsi que le cauchemar syrien, mais cette région du Moyen-Orient n’est pas si loin de nous. Le terrorisme jihadiste, au nom de Dieu, est passé maître dans la technique consistant à engranger les distances et à bousculer tous les équilibres géostratégiques.

L’Etat islamique  en Irak et au Levant (EIIL) passe le témoin au « califat » de « l’état islamique », dont les suppôts appellent les Musulmans à prêter serment d’allégeance à son chef Abou Baker Al Baghdadi, élevé au rang de « calife » ! Jusqu’à présent,  l’armée irakienne, qui n’a déployé que quelques missiles ratés, a administré la preuve de son inefficacité face à la progression des Jihadistes sur le terrain, et c’est la faute aux Américains.

Cela fait  que « l’armée » du « califat », est à même d’implanter de sérieux foyers incendiaires au Liban, certainement aussi, en Jordanie, tout en lançant des appels à l’attaque des lieux saints, en riposte au message du roi Abdallah annonçant qu’il « écraserait les terroristes qui menacent son pays ».

Pourquoi devons-nous nous inquiéter sérieusement ? Pour deux raisons essentielles.

D’abord, quand le porte-parole de ce « califat » appelle  les Musulmans à rejeter « la démocratie, la laïcité, le nationalisme et les autres ordres de l’Occident » et, donc, à se joindre au jihad, il trouvera des échos sataniques au sein des jeunes égarés tunisiens (et ils se comptent par milliers) qui sont déjà sur le terrain des opérations, ainsi que ceux qui ont subi un lavage du cerveau dans les règles et qui feront tout pour s’y engager, surtout durant le Ramadan. Chaque jour, en effet, les concepteurs des circuits de l’enfer dégoupillent de nouvelles grenades et enrôlent de nouveaux adeptes suicidaires.

Ensuite, il se passe  des choses en secret, juste à nos frontières et plus précisément, en Algérie. Un certain Abou Abdallah Othmane El Assimi (Cadi de l’Aqmi dans la région de la Kabylie, là où se trouve Abdelmalek Droukdel, le tout puissant émir de l’Aqmi), vient de jurer allégeance  au nouveau « califat » (d’après Le Monde). Là où Alger s’inquiète réellement, c’est une recomposition de la carte jihadiste et paradoxalement, des rébellions  au sein de l’Aqmi qu’elle contrôle, jusque là, à distance et avec laquelle elle mène des négociations ponctuelles et secrètes, débouchant  sur des trêves négociées. C’est de cette manière que l’Algérie tient en respect la mouvance terroriste. Mais, quand celle-ci est chassée par une autre, plus puissante et mieux structurée, la force d’interposition pourrait ne pas être  efficace parce qu’on ne connaît pas encore ce monstre en profondeur.

Et cela fait que si Alger s’inquiète, nous, nous devrions prendre celà très au sérieux. Plutôt que de se quereller pour le fauteuil de Carthage,  ceux de la Kasbah et de l’hémicycle, la classe politique serait inspirée d’aider à la lutte contre le terrorisme.

Au fait, Abou Bakr Al Baghdadi a damé le pion à Hamadi Jebali : plus de 6ème Califat!

Raouf KHALSI

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