Les professionnels ont-ils le sourire à la veille de la haute saison touristique ?.. Ridha Attia, Directeur général de Vincci Hôtels Tunisie: « Avec Ramadan, on risque d’avoir un taux de remplissage tout juste moyen. Il faudrait sauver l’arrière saison - Le Temps Tunisie
Tunis Vendredi 8 Février 2019

Suivez-nous

Nov.
22
2019

Tourisme

Les professionnels ont-ils le sourire à la veille de la haute saison touristique ?.. Ridha Attia, Directeur général de Vincci Hôtels Tunisie: « Avec Ramadan, on risque d’avoir un taux de remplissage tout juste moyen. Il faudrait sauver l’arrière saison

Mardi 1 Juillet 2014
نسخة للطباعة
Les professionnels ont-ils  le sourire à la veille de la haute saison touristique ?.. Ridha Attia, Directeur général de Vincci Hôtels Tunisie: «  Avec Ramadan, on risque d’avoir un taux de remplissage tout juste moyen. Il faudrait sauver l’arrière saison

Un temps de rêve n’a pu inverser la tendance. La fréquentation touristique en mai  a décliné de 3,8%, par rapport à la même période en 2013. Juin avait mal démarré et juillet  ne compense pas le déficit, même si les réservations de dernières minutes pourraient infléchir la donne. Ridha Attia directeur général de Vincci Tunisie a réitéré sa confiance en l'amélioration de la saison touristique malgré le booking timide de juin. Il nous livre ses impressions sur le déroulement de la saison et ses perspectives

 

Tout d’abord comment s’annonce la saison. Peut-on la sauver?

  La saison est bonne  pour les hôtels qui sont labélisés par les TO  ou gérés par des chaines hôtelières.  Ces unités ont un bon booking tandisque que d’autres sont à moitié vides. Alors que normalement la pleine saison a commencé, certains hôtels tunisiens sont encore vides. Donc pas de visibilité, ils sont dans un flou total. On enregistre près de 250.000 sièges avion de moins pour les mois de juillet et août par rapport à l’an dernier. Ces sièges permettaient de répondre aux attentes d’une clientèle individuelle et de correspondre aux demandes supplémentaires des TO spécialisés. La Tunisie touristique avait plus un problème de notoriété que d’image. Avec Ramadan, on risque d’avoir un taux de remplissage moyen et là je me demande pourquoi Ramadan ne se vendait plus alors que ce mois sacré se vend bien il y a dix ans. Aujourd’hui Ramadan se vend difficilement. Août s’annonce excellent. Il  faut travailler sur l’arrière saison pour la sauver. Je crois qu’on peut réaliser les 7 millions. Ce n’est pas parce que on a eu un mauvais mois de juin, qu’il faut baisser les bras. Il faut se concentrer sur septembre et  octobre et essayer de prolonger cette arrière saison. Et là il faut plus de marketing ciblé et de programmation aérienne surtout que la demande existe. Il fallait renégocier avec les TO et s’engager avec eux sur l’invendu de leurs sièges. Les hôteliers  doivent participer plus pour booster la destination. Les ventes sont encore ouvertes sur le mois de juillet. Il ne faut pas baisser les bras surtout que notre pays est très compétitif et a bon rapport qualité-prix  

 

 Le marché local risque-t-il d’être pénalisé à cause du taux de remplissage des TO en août ?

Le marché tunisien est troisième après la France et l’Allemagne devançant l’Italie, avec 3 millions de nuitées, soit 8% du total des nuitées. Donc, le marché tunisien est important mais les Tunisiens doivent passer par une agence de voyage pour réserver. La production tour-operating est trop forte. On n’aura pas beaucoup de capacité disponible pour le marché local en mois d’août

 

 Le marché français connaîtra-t-il un certain décollage cet été ?

Le marché français ne décolle pas. Il hésite et observe une tendance à la baisse. Les professionnels ont tout mis en œuvre pour développer cet atout puissant ; parmi les mesures pour attirer le client français, il y a les vols charters à prix dégriffés et la vente de package tout inclus à prix réduit. Ce marché français a enregistré, à fin mai 2014, une chute de 8% par rapport à la même période de l'année écoulée. Les grands Tours opérateurs français vont très mal. Les principaux T.O généralistes habituellement en mesure de réviser et d’augmenter leur programmation à la veille de l’été, sont essoufflés et/ou pris dans la tourmente d’une restructuration interne ou internationale (Fram, TUI, Thomas Cook…).Pour ne donner qu’un exemple, citons le voyagiste FRAM qui a perdu l’année dernière 35 millions d’euros sur tous ces segments. Les TO exploitant des hôtels pour leur compte accusent des pertes énormes et ne programment plus la Tunisie. Il faut avouer que le pouvoir d’achat des Français et leur situation économique n’aident pas le marché à sortir de son imbroglio.

 

Et les autres marchés ?

Le marché italien a marqué une avancée de 21%. Les  marchés allemand, russe et britannique vont, aussi, enregistrer une évolution de 4 à 10%. Tous les  marchés confondus, resteront cependant en-deçà de celles de l'année 2010. Je pense que les ventes en ligne ont poussé la destination notamment sur Hammamet et Djerba

 

Les professionnels estiment que le budget consacré à la promotion est en deçà des 3% minimum exigés sur les recettes de voyages ?

C’est vrai que le standard international se situe entre 1 et 3%. Le budget alloué reste insuffisant. Ce qui suppose qu’il y a un effort à fournir. Malheureusement, aujourd’hui, les actions sont très minoritaires. Ceci explique déjà les récents événements qui ont bloqué la promotion touristique. Les professionnels doivent entreprendre des opérations de communication et d’invitation et organiser des rencontres spécialisées pour que l’image de la Tunisie commence à circuler positivement parmi les Occidentaux.

 

 Que pensez-vous de la généralisation de la formule all inclusive en Tunisie ?

Malheureusement, c’est la demande la plus forte des tour-opérateurs. Les  hôteliers sont obligés de se plier à ce qui est devenu une exigence des tours- opérateurs. L'All Inclusive a été instauré afin de satisfaire la demande internationale.  Plusieurs  destinations réputées luxueuses proposent cette formule, où le service est le maître-mot. En Tunisie, le  secteur est entre les mains de ces TO. L’hôtelier n’a pas de choix. Et là nous devons suivre faute d’une commercialisation défaillante de la part des hôteliers

 

Ne pensez-vous pas que cette formule est à l'origine de la dégradation des services dispensés aux clients et du bradage des prix de séjour dans nos hôtels. ?

Il y l’all in de qualité. Mais certains TO l’ont clochardisé avec des formules manipulées et négociées selon les hôtels

 

Que faire pour améliorer la qualité de nos prestations hôtelières à la veille de la haute saison touristique ?

L’inspection hôtelière de l’office de tourisme doit être révisée et aider les hôteliers à disposer des moyens d’exploitation suffisants et  adéquats de leurs unités à savoir le matériel d’exploitation et les ressources humaines. Et c’est là où la loi est défaillante car on accorde souvent des autorisations pour des hôtels qui ne respectent pas les  normes de qualité. Ce sont des hôtels superbes et bien faits mais sont inachevés sur le plan prestations et là l’ONTT doit être vigilant avant d’accorder l’autorisation d’ouverture. Il faudrait faire de la qualité des services, du respect des règles d'hygiène et de la propreté, une préoccupation de tous les instants. Seules la qualité des services et les meilleures conditions d'accueil de la clientèle sont à même de garantir la prospérité de l'entreprise et la pérennité du secteur touristique, tout en veillant à la stricte application de la réglementation en vigueur. Une formation doit bénéficier aux inspecteurs car on ne peut plus tolérer ces dépassements.  La qualité est l'une des composantes les plus importantes et un des leviers qui prédétermine le succès d'une entreprise de service telle que « l'hôtellerie ».    

 

Est-ce qu’on communique assez sur la destination ?

Je pense qu’il faut communiquer positivement sur   la Tunisie. Il faut impliquer les TO et aider les petits TO qui se lancent sur la destination. Je suis  contre la communication qui fait le buzz.  L’efficacité ne se mesure pas au nombre d'apparitions médiatiques , mais par des décisions réelles en faveur du secteur et  au suivi rigoureux des actions entreprises.

 

Que pensez-vous des reproches de la FTH faits au ministre du tourisme ?

Le communiqué est paru en retard. Certains reproches ne sont pas fondés. Manifestement, notre Fédération semble réduire sa mission à critiquer le ministère alors  qu'aucune action sérieuse ne vient conforter. On ne peut critiquer une ministre à propos de la signature en euros   car ce n’est pas elle qui signe les contrats. C’est une négociation entre hôtelier et TO.   A propos de l’endettement, ce n’est le problème fondamental du secteur. On n’oublie d’autres choses fondamentales pour booster la destination. Pour la taxe de séjour, on est pour une taxe aux frontières qui pourra être de l’ordre de  10 euros permettant de financer le volet promotionnel .C'est une  taxe d'aéroport instaurée dans plusieurs pays comme la France, l’Egypte et le Maroc. La FTH doit revoir son rôle et soutenir plus les hôteliers au niveau de la formation, de la commercialisation, de la promotion.  Elle doit prendre les devants pour proposer une série d'actions susceptibles de garantir le bon déroulement de la saison (amélioration de l'environnement, de la qualité du produit, les facilités de trésorerie) et consolider son partenariat avec l’administration au lieu de se perdre en polémique. Réunir les professionnels autour d’elle c’est le rôle essentiel de la FTH qui doit être plus solidaire et unie

 

 Etes-vous pour l’ouverture de l’open sky ?

 L’open sky doit obéir aux paramètres du secteur  et là il faut impliquer les TO. On ne peut pas le faire unilatéralement. On peut le faire partiellement sur des aéroports qui n’ont pas beaucoup de vols. Il faut savoir que le lowcost chasse le charter, il propose aux touristes une multitude de possibilité de séjour à des prix défiant toute concurrence. De fait, le charter, avec ses rotations d’une semaine, ne va plus se maintenir. Chose qui a poussé les Tour-opérateurs à prendre des mesures pour faire face à   cet  open sky.  TUI qui a son propre pavillon aérien a pris cette année en gestion   15 hôtels  en Tunisie. C’est une précaution contre l’open sky pour garder sa production sur ses  propres hôtels.  Personnellement, je suis pour une ouverture progressive du ciel  avec la concertation de nos partenaires et en tenant compte des données du pays. Le moins que l’on puisse faire est d’en avertir les intéressés et surtout de demander un moratoire avant sa mise en œuvre, afin de permettre aux acteurs d’en évaluer les retombées et d’en minimiser les risques.

 

 Quel est  l’apport  des chaînes hôtelières  étrangères en Tunisie ?

 Je suis pour leur implantation en Tunisie .Par contre je suis contre ces chaînes dérivées des TO. On ne peut pas leur confier notre parc .Par contre je suis pour les grandes  marques  qui  apportent leur savoir faire, leur  gestion et leur commercialisation

 

 Où en est la chaîne Vincci en Tunisie?

 La chaine VINCCI  a connu un plan de redressement  en 2012 après beaucoup de pertes en 2011 Ceci se traduit par la rupture de contrats avec Nour Palace et Vincci Kantaoui .Nous allons concentrer notre activité sur six hôtels avec des plans de rénovations de certaines unités. 2013 a été positif ce qui a encouragé les Espagnols de la chaîne à investir encore plus en Tunisie. Nous comptons prendre en gestion le Sousse Palace qui devient une véritable 5 étoile

Kamel BOUAOUINA

Mots-clés: