Foued Bouslama, membre du bureau exécutif de Nidaâ Tounès donne la température de son parti.. « Les prétendus tiraillements et autres fissures au sein du parti ont été exagérés. Et d’ailleurs, c’est un signe de vitalité » - Le Temps Tunisie
Tunis Vendredi 8 Février 2019

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Foued Bouslama, membre du bureau exécutif de Nidaâ Tounès donne la température de son parti.. « Les prétendus tiraillements et autres fissures au sein du parti ont été exagérés. Et d’ailleurs, c’est un signe de vitalité »

Mardi 1 Juillet 2014
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Après avoir longtemps caracolé à la première place des intentions de vote tant pour la présidentielle que pour les législatives, Nidaâ Tounès perd des points lors du dernier sondage. Les observateurs attribuent cela aux différends surgis au sein du parti ; différends quant à l’idéologie, au centre de commande ainsi qu’aux représentations locales. « Rcédistes contre progressistes », « parti de cadres ou parti de masse », « parti personnifié par la stature de Béji Caïd Essebsi » : autant de questions d’ordre structurel qui taraudent ses adhérents et font plaisir à ses antagonistes. Foued Bouslama, membre du bureau exécutif, y répond sans chauvinisme et avec beaucoup de réalisme. 

Le Temps : En tant qu’élément actif du bureau exécutif de Nidaâ Tounès comment avez-vous vécu les récents tiraillements et autres fissures au sein du parti ? 

Foued Bouslama : Vous employez dans votre question deux mots « tiraillements » et «fissures» qui ne correspondent pas à la réalité des faits. 

- Commençons par les prétendus tiraillements. Vous savez que, depuis sa naissance, et sous la conduite pragmatique de son fondateur Béji Caïd Essebsi, Nidaâ Tounès s’est d’abord fixé une charte fondatrice : aller là où les Tunisiens ont besoin d’une vraie démocratie, d’un projet sociétal qui sied à notre histoire trois fois millénaire et qui s’inscrive dans la durée. Dans un univers politique et social en mutation, il était normal que Nidaâ Tounès brassât large et « recrutât » dans toutes les sensibilités. Il se peut, c’est vrai, que les différences de sensibilités, dans leur foisonnement (un foisonnement qui n’existe nulle part ailleurs qu’à Nidaâ Tounès) et dans la diversité, engendre des gradations doctrinales.  Et c’est un signe de vitalité. Dans le parti, il y a la droite, le centre, la gauche, mais personne ne sort du moule originel. Ce que vous appelez « tiraillements » est en fait un débat d’ordre conceptuel que le fondateur du parti, lui-même, encourage. 

- Quant aux « fissures » dont vous parlez, laissez-moi vous dire qu’elles ont été exagérées. Le dernier congrès a bien montré qu’il n’y a guère de fissures au sein du parti et que les coordinations régionales, qui ont parfaitement le droit de réclamer davantage de participation à la vie du parti et une meilleure décentralisation, sont en parfaite symbiose avec le noyau décisionnel central, un noyau qui agisse et décide selon les lignes tracées par Béji Caïd Essebsi.

 

Oui mais comment expliquez-vous le conflit entre « Rcédistes » et sensibilités progressistes, sinon des sensibilités carrément de gauche ?

Ecoutez, lorsqu’on parle de « Rcédistes » nous sommes dans l’effet rétroactif d’un combat d’arrière-garde. Le fondateur du parti, comme je vous le disais, a brassé large. Il a pris ce qu’il y a de meilleur dans toutes les sensibilités et conformément à l’esprit avec lequel il gère le parti, il refuse l’exclusion contre laquelle il s’était insurgé le premier sinon le seul et l’article 167 de la constitution lui a donné raison. Et d’ailleurs posons-nous la question : n’existe-t-il pas d’ex « Rcédistes » au sein d’Ennahdha et dans d’autres partis ? Pourquoi alors focaliser sur Nidaâ Tounès ? 

La vérité est que Nidaâ Tounès est redouté. En deux années d’existence, il a bouleversé l’échiquier politique. 

 

Il n’empêche : il y avait une oligarchie dominant le parti et maintenant cette oligarchie, s’est muée en autocratie avec un zeste de népotisme. 

Vous parlez de népotisme en allusion à M. Hafedh Caïd Essebsi, le fils de si Béji. Laissez-moi vous dire qu’on n’a guère le droit de le fustiger pour la simple raison qu’il a le même nom que le fondateur du parti et, en plus, il accomplit un travail gigantesque au sein de Nidaâ Tounès. Quant à l’oligarchie qui se serait muée, selon vos dires, en autocratie, là aussi cela charrie beaucoup de subjectivité. Nidaâ Tounès est un parti de masse avec une structure pyramidale bien assise. Normal que le dernier mot revienne au leader fondateur du parti sauf que ce n’est pas la conséquence d’une quelconque autocratie. Ç’aurait été le cas, Nidaâ Tounès ne serait qu’un parti de cadres. Mais si vous voulez avoir une image vivante d’un parti autocratique, regardez plutôt du côté d’Ennahdha… « Majless Echoura » n’est-il pas l’exemple même du parti autocratique… Et les « sacro-saintes » orientations dictées à la Mao par Rached Ghannouchi n’évoquent-elles pas l’oligarchie personnifiée ?

 

Après des mois à la tête des sondages, voilà que Nidaâ Tounès rétrograde en seconde position et qu’Ennahdha se réinstalle en tête 

Nous ne nous sommes guère pavanés durant les longs mois où Nidaâ Tounès caracolait en tête et nous n’avons guère de soucis à nous faire après le dernier sondage. Tout cela est relatif. Mais vous aurez constaté que Béji Caïd Essebsi reste indéboulonnable en première position pour la présidentielle. Ne pensez-vous pas que cela rejaillira inéluctablement sur les législatives ? La vérité est que la seule force d’interposition contre Ennhdha et ses ex ou futurs alliés (car Ennahdha sera contrainte de former une coalition autour d’elle) est bien Nidaâ Tounès. Cela, tous les sondages le disent et la vérité du terrain l’accrédite. C’est pour cela que, comme je vous le disais, en peu de temps, Nidaâ Tounès a bouleversé l’échiquier politique. 

 

Oui mais, Ennahdha justement saura coaliser des partis autour d’elle, mais maintenant que Nidaâ Tounès s’est désolidarisé du Front du Salut et a décidé de présenter des listes autonomes, il ne pourra plus prétendre le jour « J » à une quelconque coalition. Il laisse le champ libre à Ennahdha. 

Le jeu politique est fait de constantes et de constances. Laissez-moi d’abord vous dire que Nidaâ Tounès ne s’est pas désolidarisé du Front du Salut. Mais s’il a décidé de se présenter aux élections avec ses listes propres, c’est pour ne pas s’emmêler les pinceaux. Il ne peut pas renoncer à son identité, à son combat, à son appellation même pour se fondre dans un grand parti (le Front du Salut) car il y a un risque d’éclatement du fait des antagonismes d’ordre idéologique qu’il renfermera inévitablement. Et puis, le fondateur de Nidaâ Tounès est dans sa logique : il veut mesurer l’impact réel de son parti. Les coalisations viendront après. 

 

Beaucoup d’observateurs pensent que derrière ce désengagement se cache le fameux « deal » entre Nidaâ Tounès et Ennahdha, en d’autres termes, Béji Caïd Essebsi et Rached Ghannouchi se seraient mis d’accord sur un rigoureux découpage politique. 

Vous faites allusion à la rencontre à Paris le 15 août 2013 entre les deux hommes. L’essence même de la Démocratie professe que le Dialogue entre les antagonistes a ses vertus. Il est vrai que cela a été un premier rapprochement. Mais en l’occurrence cela s’est fait alors qu’Ennahdha, conspuée pour ses méthodes de gouvernance à la tête de la Troïka recherchait les moyens de se réformer et de diligenter le dialogue avec ses antagonistes. Et justement, le dialogue, Nidaâ Tounès depuis sa fondation l’a toujours privilégié. De là, à parler de « deal » entre Nidaâ Tounès et Ennahdha, il y a un pas qu’il ne faut pas franchir. Dans l’imaginaire collectif, depuis, cette rencontre, le schéma, trop simpliste se présente ainsi : Ennahdha à El Kasbah et Béji Caïd Essebsi à Carthage. Ce n’est pas aussi évident car notre parti brigue fortement la victoire aux législatives aussi. Et d’ailleurs pour mettre un terme à cette fantasmagorie, rappelons que Nidaâ Tounès n’a pas souscrit à l’idée de Rached Ghannouchi quant à un candidat consensuel  à la présidentielle et qu’il était opposé au calendrier des élections. Contrairement à Ennahdha, nous voulions la présidentielle avant les législatives. Seulement les allégeances de certains partis pour Ennahdha ont favorisé la position de cette dernière. Et l’on parle encore de Front du Salut et de partis qui veulent coaliser avec nous ! Pas de deal donc !

Propos recueillis par Raouf KHALSI