Revirement ? - Le Temps Tunisie
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L’éditorial

Revirement ?

Samedi 28 Juin 2014
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On ne s’y attendait pas. L’UGTT, selon la déclaration de son secrétaire général, Houcine Abassi participera bien au Dialogue national économique mais n’en entérinera pas les réformes qui y seront proposées arguant que cela ne saurait se faire avec un gouvernement provisoire ! Volte-face ?
Plutôt un jeu de jambes. « Nous ne pouvons pas actuellement adopter des réformes économiques radicales vu que ce genre de mesures doit être pris sous le règne d’un gouvernement ayant un long mandat et élu ». Houcine Abassi le dit sèchement, ostensiblement (cf compte rendu en page 2).
Houcine Abassi, le « deus ex machina », tel que nous l’avions baptisé pour le rôle joué (avec Wided Bouchamaoui) dans le Quartet ayant conduit au choix de Mehdi Jomâa comme chef d’un gouvernement de technocrates, paraît tout d’un coup temporiser et soustraire quelques unes des prérogatives dévolues au chef du gouvernement et dûment consignées dans la feuille de route.
Et pourtant, le Dialogue national économique est d’une portée vitale en cette période de mutations continues du paysage socio-économique.
Il portera, en effet, sur la cherté de la vie, la problématique de la caisse de compensation, la loi de finances complémentaire (absolument nécessaire face au champ de mines qu’est la loi concoctée par l’ex-gouvernement) ainsi que la réforme fiscale dont les correctifs rejailliraient sur l’investissement.
A notre connaissance, le gouvernement de Mehdi Jomâa n’a pas été uniquement désigné pour expédier les affaires courantes. Lorsqu’on lui demande de normaliser le pays, le stabiliser, de réviser les nominations partisanes, de faire le ménage dans les mosquées, d’abolir les ligues de protection de la révolution, de faire venir les touristes et les capitaux étrangers et de reinstitutionnaliser l’Etat, d’une façon générale, eh bien, l’empêcher d’instituer des réformes économiques drastiques incontournables et qui s’imposeraient au futur gouvernement, équivaudrait à lui couper les ailes.
En soi, le mot « provisoire » est péjoratif. Parce que tout le branle bas ayant conduit à la démission du gouvernement Laarayedh et la nomination de Mehdi Jomâa serait vain et inutile. De surcroît, jusque là, malgré les critiques, les injonctions des éternels esprits chagrins et le négativisme qu’affichent certaines composantes de la classe politique, le gouvernement actuel est en train d’exécuter les travaux herculéens dont on l’a chargé, malgré la pression du temps et la menace terroriste.
Dans ce contexte, l’UGTT se déjuge quelque peu. Elle freine là où il faut accélérer dans le sens des réformes économiques structurelles que le prochain gouvernement ne pourrait toucher. Houcine Abassi a-t-il, au moins, tenu compte de l’une des probabilités : supposons qu’Ennahdha se réinstalle au gouvernement, ne réimposera-t-elle pas ses éternelles recettes socio-économiques ravageuses, face à un vide structurel, inévitable, si le dialogue national économique capote ?

 

Raouf KHALSI