Terrorisme : qu’on nous dise la vérité ! - Le Temps Tunisie
Tunis Dimanche 18 Novembre 2018

Suivez-nous

Nov.
18
2018

L’éditorial

Terrorisme : qu’on nous dise la vérité !

Jeudi 26 Juin 2014
نسخة للطباعة

Avant-hier, Chedly Ayari, gouverneur de la Banque Centrale, se laissait aller à une déclaration pour le moins inintelligible.

D’abord, il rêve en affirmant que la Tunisie va réaliser un taux de 3% du Produit National Brut, arguant que la saison agricole s’annonce bonne – ce n’est pas l’avis des agriculteurs – et que le tourisme retrouve peu à peu ses repères, paraphrasant Amel Karboul qui table sur 7 millions de touristes (autre chimère) ; chiffre que Mehdi Jomâa lui-même a relativisé, sinon carrément tempéré avec un commentaire empreint d’un « oui, mais ».

 Ce n’est pas pour faire le rabat-joie, mais les effusions d’un crac de la finance comme Chedly Ayari sont à connotations politiciennes et carrément propagandistes. Durant ses trente ans de règne à la tête de la FED (la Banque Centrale fédérale américaine) le mythique Alan Greenspan, se rebellait systématiquement contre les injonctions de Washington, n’annonçant que des chiffres jugés « cyniquement réalistes » aux Américains. Un gouverneur de Banque Centrale n’a donc pas à se projeter et à maquiller la conjoncture.

Dans la même déclaration, Chedly Ayari outrepassait ostensiblement les limites de son rôle. Il affirme en effet que les 3% de PNB sont réalisables, à condition qu’il n’y ait pas d’attaque terroriste ! Là, cela donne à réfléchir.

Au demeurant, ya-t-il là de quoi déceler un syndrome latent habitant la classe dirigeante du pays et les forces sécuritaires ! Sans doute, comprenons-nous que le ministère de l’intérieur ne puisse pas tout dire, ni divulguer une quelconque menace terroriste et, de surcroît, en ce mois de Ramadan où l’on écoutera des prêches outranciers et au cours duquel les Jihadistes, au nom de l’Islam radical, ne manqueront pas de se manifester pour maculer le mois saint de sang, ne serait-ce que pour une question de symbolique absurde.

Et alors ya-t-il réellement menace terroriste, car les déclarations de Chedly Ayari ne sont pas des paroles en l’air. Si quelque chose de cauchemardesque se prépare et que nos services sécuritaires en aient eu vent, au nom d’une démocratie participative élémentaire, les Tunisiens sont en droit d’être avertis. Il est un fait, c’est que le terrorisme plâne et qu’il s’amplifie quelque part. Et d’ailleurs, au-delà des lieux communs, des convenances protocolaires et de l’habillage économique, il a été surtout question de terrorisme entre Jomâa et Merkel, et la chancelière allemande avait été chargée par l’UE d’approfondir cette question avec notre chef du gouvernement. Cela aussi est significatif.

Raouf KHALSI