Conférence sur «Révolution, Arts, Libertés».. Du temps pour évaluer et pour s’interroger ! - Le Temps Tunisie
Tunis Dimanche 23 Septembre 2018

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Sep.
23
2018

Au Centre Culturel International de Hammamet

Conférence sur «Révolution, Arts, Libertés».. Du temps pour évaluer et pour s’interroger !

Mercredi 25 Juin 2014
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Conférence sur «Révolution, Arts, Libertés».. Du temps pour évaluer et pour s’interroger !

Le week-end dernier (les 20 et 21 juin), s’est tenue au Centre Culturel International de Hammamet, la septième conférence « Autour de la Révolution tunisienne » organisée par Eliane Chiron (artiste vidéaste, professeur des universités émérite en Arts plastiques, Université Paris I Panthéon-Sorbonne), Mohamed Zinelabidine, président du Laboratoire de recherche en culture, nouvelles technologies et développement, à l’Institut Supérieur de Musique (Université de Tunis) et par Najoua Mounastiri, juriste, présidente de l’Association des femmes créatrices arabes.

Révolution et implications sur la culture

En ce qui concerne les grands axes problématiques sur lesquels la rencontre s’est concentrée, les organisateurs les présentent en ces termes : « il sera question des libertés créatrices, ramenées aux contextes des mutations sociales et culturelles révolutionnaires en cours. Trois axes prédestinent ces interrogations : Diversité culturelle et créativité artistique postrévolutionnaire en Tunisie ; Art, Artiste et Liberté en Tunisie depuis le 14 janvier 2011 ; Révolution en Tunisie et antinomies culturelles entre conservatisme et progressisme ». Face à certaines déviances idéologiques, essentiellement islamistes fondamentalistes, il y avait lieu pour ces mêmes organisateurs de se demander si la Révolution tunisienne n’était pas rattrapée par l’antinomie des héritages (Tradition et Conservatisme vs Aspirations progressistes et modernistes) et l’ambivalence des grandes valeurs qu’elle est supposée défendre (égalité, justice, morale politique, bonne gouvernance, dignité, travail etc.). La question urgente et primordiale était donc de réfléchir sur les implications possibles de ces deux facteurs sur, l’art, les artistes et la culture d’une manière générale.

Analytiques et critiques

Les communications présentées furent relativement nombreuses, brèves et fort intéressantes : on y aborda diversement les problématiques centrales de la Conférence : la majorité des réflexions furent critiques à l’égard du régime déchu et de ses pratiques répressives ou récupératrices à l’encontre de la création culturelle, mais les intervenants n’épargnèrent pas non plus les responsables de la Culture sous le règne des deux gouvernements de la Troïka nahdhaouie. On souligna par ailleurs la multiplication, après la Révolution, des groupes, troupes, associations et manifestations à vocation plutôt militante. D’excellents exposés furent également développés sur le rôle que désormais l’artiste doit jouer comme acteur social dans le changement des mentalités régressives, dans la diffusion de l’esprit démocratique et tolérant, et dans la défense de la liberté d’expression et de création. L’une de ces communications nous a semblé très intéressante à résumer surtout qu’elle pose plus d’une question cruciale en vue d’une bonne gouvernance dans le domaine culturel : appréciez donc ces quelques extraits choisis de l’intervention de Boubaker Ben Fraj, expert en patrimoine et ancien haut responsable au Ministère de la culture !

Des questions brûlantes

« Hormis la question de la liberté de création et d’expression qui s’est imposée dans le débat sur un ton polémique et quasi passionnel à plusieurs occasions, suite à des affaires circonstancielles, mais fortement significatives, comme celle de l’exposition d’art d’El Abdelliya, de la projection du film Persepolis ou de procès intentés contre Jabeur El Mejri et certains jeunes rappeurs, nous n’avons pas eu l’occasion d’assister à un véritable débat national portant sur la nouvelle gouvernance qui devrait régir, après la Révolution, le secteur de la culture sur des bases plus démocratiques, plus efficientes et plus productives (…). Tant de questions lancinantes mais essentielles attendent encore d’être sérieusement posées et amplement débattues :

- Quel doit être le nouveau rôle de l’Etat et de ses institutions publiques dans un nouveau mode de gouvernance culturelle ?

- L’Etat va-t-il continuer à jouer son rôle « providentiel », autrement dit comme Etat pourvoyeur de fonds certes mais en contrepartie, donneur d’ordres et seul centre de décision ?

- Va-t-il trouver la voie juste pour mettre en confiance les créateurs et l’ensemble des professionnels de la culture, pour les responsabiliser et les impliquer davantage que par le passé dans une relation basée avant toute chose sur la liberté et la valorisation de l’effort et de la créativité ?

- Comment pourrait-on réussir à impliquer davantage les universités, les institutions éducatives, sociales, économiques, dans la nouvelle dynamique culturelle souhaitée ? »   

Hommage émouvant

Signalons enfin que comme la Conférence coïncidait avec la Fête de la Musique, les organisateurs ont offert un bel hommage à la mémoire de feu Zouhaïr Belhani, brillant enseignant, musicien compositeur consacré comme l’un des meilleurs en Tunisie, virtuose du violon, qui est décédé le 14 septembre 2013 ; à cette occasion, on nous gratifia de divers récitals tous aussi émouvants et aussi réussis les uns que les autres.

Badreddine BEN HENDA 

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