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Mémoire du temps présent

Mémoire du temps présent: L’Union pour la Tunisie et Nida Tounès .. L’essence ou l’existence ! (1ère partie)

Vendredi 20 Juin 2014
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Mémoire du temps présent: L’Union pour la Tunisie et Nida Tounès .. L’essence ou l’existence ! (1ère partie)

Par Khaled Guezmir

En politique est-il inconcevable de reconnaître son véritable poids dans les rapports de force ou faut-il jouer indéfiniment  la « grenouille » qui veut devenir « bœuf » !

La Fontaine en tout cas, conseille dans ses fables de la sagesse de le faire, faute de quoi c’est la nature qui s’en chargera par l’inévitable sélection naturelle.

 L’Union pour la Tunisie se pose aujourd’hui l’éternelle question  de l’essence et de l’existence. A-t-elle précédé  par l’essence,  Nida Tounès, qui l’a précédé par l’existence.

Un parti quel qu’il soit a-t-il le droit de s’approprier plus de volume qu’il n’en a sur la scène politique réelle parce qu’il fait partie d’une « Union » plus morale, que structurellement institutionnalisée et contraignante !

Comme les astro-physiciens et pour tenter de répondre à la question il faut remonter aux origines du « Big Bang »… qui se situe, à notre avis, au soir du 23 octobre 2011, et qui a vu l’émergence de forces « nouvelles » occultées par les luttes clandestines et secrètes du temps du MIT (Mouvement Islamique Tunisien), en arrivant à la Nahdha et ses dérivés qui vont bien au-delà des frères musulmans d’Egypte. Personne n’attendait  un raz de marée aussi tsunamique dans un pays habitué à vivre sans crises majeures, pouvant toucher à l’essence même de son existence à savoir la modération, la tolérance et l’attachement  à une identité  millénaire et spécifique, où tout s’entrecroise le phénicien, le berbère,  le romain, le vandale, l’arabe,  l’espagnol,  le turque, le français, ainsi que les religions monothéistes toutes respectées et vivant en bonne et heureuse intelligence et cohabitation du juif au chrétien au musulman même les adeptes de la laïcité universaliste.

Au soir de ce 23 octobre 2011, fatidique,  la Tunisie  est entrée de plein pied dans une nouvelle culture  « hégémonique » au nom de la religion  avec pour objectif  pour le court, le moyen et le long terme  de changer totalement  le modèle social et culturel du pays.  Mieux encore, l’irruption au grand jour de « l’Islam politique » avec cette majorité écrasante  et ambitieuse, a donné des ailes à la centrale islamiste qui s’est crue investie d’une double mission « divine » et électorale d’accélérer le processus  de « réislamisation » de la Tunisie !

Faisons là, une pause pour évaluer  les forces en présence, toujours au soir du fameux  23 octobre 2011. Il s’avère  que les forces démocratiques dites de gauche, du centre et même libérales et qui étaient encadrées par des partis militants ayant combattu la dictature et payé le prix fort en terme de répression, tout comme la Nahdha, par ailleurs, ont montré malheureusement leurs limites plus qu’affligeantes au niveau des résultats du vote.

En bref, le clan démocratique  s’est contenté de « miettes » de pouvoir et a dû s’imploser de lui-même  en deux parties : La première s’est alliée  aux islamistes triomphants dans le cadre de la « Troïka ». La deuxième a préféré rester dans l’opposition, mais avec une représentation pratiquement  infime et tout juste symbolique, pour pouvoir réellement peser sur quoi que ce soit dans l’œuvre législative au bulldozer de l’ANC dominée en long et en large par la Nahdha.

Voilà le paysage  réel qui prévalait quelques heures après la proclamation des résultats des élections. Du coup on s’est mis à se poser quelques questions sur les 1 million 300.000 voix parties en fuméeet qui ont été perdues  par les promoteurs  de la modernité et de la société civile. C’est là qu’on a compris que la décapitation de la machine destourienne « volée » par le « RCD » du temps de Ben Ali a été à l’origine  de ce fiasco électoral. Aucune force, y compris  ceux qui se réclamaient de la mouvance destourienne (RCD), n’a pu contrer  la montée vertigineuse de la Nahdha naviguant  en roue libre sans aucune force d’opposition crédible.

Le RCD portait un peu les gênes de la « culpabilité » et les « bourguibiens » dont beaucoup ont été écartés et marginalisés par Ben Ali, ne se sentaient peu ou pas concernés par l’enjeu,  un peu comme paralysés et frappés de stupeur  de voir comment ils ont été « dépossédés » de leur parti prestigieux le Néo-Destour, auteur de l’indépendance et constructeur de l’Etat national moderne par deux fois du temps de Ben Ali et du temps de la Révolution.

Puis, au fil des jours, le « projet » islamiste  accélérait  la cadence et l’appétit était à son paroxysme. On allait vite en besogne et après avoir dénoncé « les 23 ans de dictature  de Ben Ali » on a mis le cap sur le « Bourguibisme » pour parler et faire le procès ouvertement du « despotisme des 60 dernières années » ! Pire encore, l’inquisition et la chasse aux sorcières s’institutionnalisent et s’installent dans les nouveaux mœurs et les nouvelles pratiques  de la « nouvelle classe » politique. Un jour c’est la loi sur l’exclusion, un jour c’est l’instance « vérité » et dignité et l’ANC à majorité « islamiste » se faisait plaisir !

Mais… car il y a toujours un « mais » et la politique est l’art humain le moins linéaire et le moins uniforme ! Le « mais »,  c’est les « accidents » de parcours les  traumatismes du fait de cette volonté à « détruire l’ancien » la « modernité », le « bourguibisme » et Bourguiba traité de « francophone » et « laïc » lui qui a toute sa vie combattu  la France  coloniale  et construit  des centaines de mosquées nouvelles sans parler  de son œuvre éducative monumentale.

Puis ce fut le tour des assassinats politiques de feu Lotfi Nagguedh, Chokri Belaïd, Mohamed Brahmi et des attaques contre nos soldats, policiers et gardes nationaux morts par dizaines et mutilés dans leurs corps par le terrorisme aveugle et inhumain. La décomposition de l’ordre ancien sest accompagnée d’une véritable décomposition de l’Etat lui-même d’autant plus que le corps sécuritaire tunisien jadis très performant, a été frappé au cœur suite à une manipulation encore inavouée mais connue de tous. C’est dans cette ambiance  de déstructuration de l’Etat national moderne  qui va naître « Nida Tounès » l’appel de la Tunisie  une synthèse de tous les patriotismes de gauche, du centre et de droite pour réhabiliter la Tunisie, la sauver de la déchéance et créer un contre-poids efficace  performant  et crédible,  capable  au moins dans un premier temps de rééquilibrer le rapport  des forces politiques, et d’immuniser l’identité  tunisienne contre l’obscurantisme et l’ordre envahissant « oriental » support du terrorisme international, puis remettre à niveau les institutions de l’Etat, son administration et son économie, pour les réamarrer à l’orbite terrestre, celle des nations qui comptent !

(A suivre)

K.G

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