Exposition Sami Makhlouf à la galerie la Médina: session 2014 - Le Temps Tunisie
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Arts plastiques

Exposition Sami Makhlouf à la galerie la Médina: session 2014

Mercredi 18 Juin 2014
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Samir makhlouf, toujours imperturbable, poursuit son bonhomme de chemin en traquant l’inédit et ineffable dans sa quête d’une expression plastique totale et homogène, impliquant toutes les formes et genres d’art et plus particulièrement la peinture et l’architecture.

Il faut dire que la dimension architecturale classique s’efface chez Samir Makhlouf de plus en plus, devant les préoccupations purement esthétiques du peintre et de l’architecte. 

Le peintre qui est sollicité ici voudrait saisir les spécificités de l’architecture surtout par rapport à la problématique des volumes comme pouvant être une planéité et comme une non limite et un non frein à la représentation et à la liberté de concevoir l’espace. Le peintre se préoccupe de l’espace pictural et s’institue comme co-faiseur du chaos mais aussi comme son organisateur. L’espace devient le lieu de toutes les performances  du peintre,  architecte, poète….

L’artiste, l’architecte… noient le volume dans l’espace sidéral devenu « cristallin » ou dans un monde aquatique absolument transparent.

Les objets, les choses, « l’oiseau bleu » « le poisson », « la bête » subissent les mêmes traitements que les compositions macroscopiques. Ils sont représentés d’en haut « vue en plan », d’en bas «  en élévation » telle que l’œuvre « la postmoderne » le suggère.

L’objet de la peinture semble être pour Samir Makhlouf la représentation du monde sans restriction aucune. Ayant appris très tôt que la représentation du monde n’est pas nécessairement liée à la géométrie euclidienne ou la perspective est seule capable de créer l’illusion de la profondeur et du réel. 

Partant de cet axiome Samir Makhlouf s’engage alors à créer d’autre manière de voir le monde. C4EST ainsi qu’il s’installe lui-même quelques fois au centre de son monde chaotique fait de mille choses entrain de naviguer, comme des objets perdus dans l’espace. D’autres  fois, il organise ce monde chaotique et le structure rigoureusement de telle manière qu’aucun mouton ne puisse quitter  le « troupeau ». Oui Samir Makhlouf domine sa représentation de l’espace. Il domine sa composition. Les structures qu’il développe obéissent à chaque fois à un mode de représentation, une fois c’est le mode de registre qui domine d’autres fois c’est le mode de la vue atmosphérique comme dans le « bateau ivre » ou dans l’œuvre « la musicienne » à tête picassienne. Quelques fois Samir Makhlouf donne l’impression d’intégrer son propre espace c’est alors cette œuvre « Magique ». 

La vision « optique » favorise le passage silencieux vers le milieu « cristallin » ou le peintre collé à l’objet représenté comme dans cette œuvre « le poisson ». 

Le chaos du monde organique recule. le peintre a tiré un plan sur lui, et comme le dit Deleuze,  le peintre a eu besoin pour créer son propre monde au développement du nouvelle configuration artistique. 

Donc Samir Makhlouf navigue entre un chaos primitif et une structuration graphique rigoureuse opéré par un peintre architecte calculateur et froid. Ce va et vient entre les deux mondes du peintre laisse quelques fois transparaitre des fissures et hiatus que le peintre poète a vite fait de remplir grâce au texte- prose qui accompagne tous les tableaux proposés par le peintre.  

Il semble que le peintre se refugie dans l’écriture surtout lorsqu’il sent que le sens n’a  pas été  totalement atteint par sa peinture. L’écriture semble amplifier autrement le sens suggéré. Le texte n’illustre pas le tableau il ne fait que le révéler. Dans le texte rédigé après coup à propos du « poisson » l’artiste passe de l’humour à l’ironie en disant qu’il ne s’agit pas de poisson entassé dans une boite à sardine mais bien d’un seul et même poisson découpé pour entrer dans la toile.

Dans cette prose développée dans le texte « magique » on constate le passage silencieux d’organismes intelligents dans un milieu « cristallin ». Ca pourrait être une envie de ville à l’intelligence des mollusques… L’accent n’est plus à l’ironie mais à une élévation surréaliste. Le peintre architecte devient ainsi poète. Il est alors artiste dans toute sa plénitude, il évoque « Arthur Rimbaud » qui dit : « je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes et les ressacs et les courants : je sais le soir, l’aube exaltée  ainsi qu’un peuple de colombes, et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir ! ». Nous aussi croyons avoir vu le peinte peindre la musique et ses sons, l’architecture et ces volumes la poésie avec ses mots… avec toutes les couleurs du soleil de l’argent et des cieux de braise.  N’est ce pas là la mission et l’ambition de cet artiste universel qu’est Samir Makhlouf.        

 HOUCINE TLILI