« La situation politique n’est pas stabilisée. Les perspectives économiques ne sont pas claires, ce qui favorise une certaine incertitude qui nuit au climat des affaires dans notre pays » ! - Le Temps Tunisie
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L’invité du mardi.. Mustapha Kamel Nabli, ex-gouverneur de la BCT et président de l'''Agenda global pour 2014'' du Forum de Davos au Temps

« La situation politique n’est pas stabilisée. Les perspectives économiques ne sont pas claires, ce qui favorise une certaine incertitude qui nuit au climat des affaires dans notre pays » !

Mardi 17 Juin 2014
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La relance économique via l’investissement, le nouveau modèle économique et l’encouragement des investisseurs, sont des slogans véhiculés la plupart du temps par les décideurs. Dans la mesure où la relance économique ne pourrait jamais être assurée par la seule consommation locale. C’est dire, que pour assurer la relance économique, la Tunisie devra nécessairement encourager l’investissement. Et la relance de l’investissement reste à son tour liée à l’adoption d’un nouveau schéma de développement entre autres, un nouveau modèle de développement économique. Par quoi faut-il commencer alors ? Et quelles sont les grandes orientations du nouveau modèle économique ? Ci-dessous décryptage de Mustapha Kamel Nabli, président de l'''Agenda global pour 2014'' du Forum économique mondial de Davos et ancien gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie. 

 

Le Temps : quel est le modèle économique le plus adéquat pour la Tunisie ? 

 

Mustapha Kamel Nabli : il n’y a pas de modèle économique préétabli. Je dirais également qu’il n’y a pas de solutions prêtes ni de recettes magiques pour pouvoir établir un modèle économique. Chaque pays doit construire son propre modèle en faisant des choix sur des différents niveaux : économique, social et même politique. C’est un travail de longue haleine. Nous pouvons engager des discussions sur certains aspects, mais nous n’allons pas trouver des solutions « toutes faites » à la base. 

 

L’Etat pourra-t-il encourager des secteurs au détriment des autres dans le cadre d’un nouveau modèle économique? 

Il n’existe pas des réponses absolues à cette question. C’est le problème de  la politique industrielle. A mon avis, fixer des secteurs stratégiques autour d’un modèle de développement économique est une idée très controversée. Mais, je tiens à préciser que les autorités  ne peuvent pas, unilatéralement, prendre des choix stratégiques. Je dirais même que si l’Etat prend des choix, il faudrait que ces choix se fassent dans le cadre d’une  concertation entre l’Etat et les structures professionnelles et les investisseurs pour finalement procéder aux bons choix. Ces choix économiques ne doivent pas être définitifs. C’est dire qu’il faut prévoir des mécanismes de correction qui permettent une correction des dépassements. A ce propos, je précise que le choix d’une politique industrielle doit s’accompagner par des mesures et des mécanismes de correction. 

 

Le climat des affaires n’est pas favorable à l’investissement. Qu’en pensez-vous ?

La situation politique n’est pas stabilisée.  Les perspectives économiques ne sont pas claires, ce qui favorise une certaine incertitude qui nuit au climat des affaires dans notre pays. Sauf que je tiens à préciser qu’en dépit de cette situation économique et politique, il existe néanmoins un grand potentiel de développement. Il faut ainsi convaincre les investisseurs de dépasser cet état d’attentisme observé. 

 

Quelles sont les priorités pour relancer l’investissement?

Essentiellement, la priorité consiste en la stabilité politique. Mais, je dirais également qu’il faudrait un regain de confiance dans les institutions de l’Etat. Il faut que l’Etat soit fonctionnel de nouveau. Il faut également que les investisseurs et les citoyens aient confiance en l’Etat à tous les niveaux, allant d’un simple bureau municipal jusqu’à jusqu’aux structures d’appui à l’investissement, les tribunaux passant par les Administrations. 

 

Les prévisions de croissance sont révisées à la hausse. Mais cette croissance tourne toujours autour de 3%. Est-ce suffisant?

Les taux de croissance économiques avancés ; 2,7% ou 2,9% ou même 3% sont des variations dues aux marges d’erreurs. Que la croissance soit aux alentours de 2% ou de 3%, elle reste extrêmement inférieure à ce qui est nécessaire. Ce sont des taux très faibles. Notre objectif doit dépasser ces taux et aller vers une logique de croissance très élevée. 

 

Pourtant le discours officiel parle d’une relance économique à travers l’investissement. Or aucune mesure n’a été décidée pour relancer l’investissement ?

C’est à la loi de finances complémentaire de fixer ces mesures. Car, ce qui est sûr c’est que la relance économique devra être assurée par l’investissement puisqu’il est difficile d’assurer cette relance à travers la consommation compte tenu de la conjoncture économique actuelle. 

 

Quelle serait la corrélation entre la politique monétaire et celle budgétaire pour relancer l’investissement ?

Nous sommes dans une situation où les finances publiques ne peuvent plus jouer leur rôle pour assurer la relance de l’économie. L’idéal c’est que la politique monétaire devrait être plus souple pour contribuer à  la croissance économique. Or, une politique monétaire souple est confrontée au problème de l’inflation qui a repris. D’où, la politique monétaire ne peut pas être souple tant qu’elle devrait l’être, puisqu’elle est souvent confrontée à la hausse de l’inflation. C’est pourquoi que la situation est très difficile à gérer. 

 

L’économique et le politique en Tunisie, comment imaginez-vous cette relation ? 

L’économie et fortement liée à la politique. En l’existence d’un système politique autoritaire, le système économique serait de plus en plus contrôlé. Plus précisément, un système politique non démocratique, va essayer de contrôler le climat d’affaires et les différents mécanismes de l’économie pour pouvoir passer ses décisions et sa vision.  Par contre un système politique démocratique,  favorise une certaine liberté économique.  Cette liberté doit corriger entre autres rectifier les excès et les dépassements du système capitaliste et libéral. Ce lien extrêmement fort, entre le système politique et économique doit se construire au fur et à mesure.

 

Propos recueillis

par Zied DABBAR