Le bourbier irakien - Le Temps Tunisie
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2018

L’éditorial

Le bourbier irakien

Samedi 14 Juin 2014
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L’Irak est pour les Etats-Unis ce que fut l’Afghanistan pour l’Union Soviétique : un bourbier. Sauf que la donne change. Georges W. Bush doit certainement admirer les résultats de son chef-d’œuvre : un Irak exsangue dans lequel les Américains – comme en Afghanistan – ont fait le lit de l’extrémisme religieux qui prend, aujourd’hui, des proportions nouvelles et incontrôlables : le Djihadisme.  
Les Djihadistes irakiens aux armements sophistiqués et dont on dit qu’ils sont pourvus de beaucoup d’argent et d’une forte logistique par une monarchie du Golfe, ne sont plus qu’à 100 km de Baghdad. Et après s’être emparé de plusieurs provinces névralgiques, ils ont vraisemblablement les moyens de prendre aussi Baghdad, forts du ralliement des sunnites dépités par les outrances à relents ethniques du chiite Al Maliki, l’homme des Américains.
La grande peur maintenant vient de ce que le scénario d’une quatrième guerre du Golfe devient plausible et peut-être même inévitable.
Et cela serait encore plus dramatique et alourdirait le bilan désastreux de l’invasion de 2003. Cinq mille personnes ont trouvé la mort à la faveur de la déstabilisation du pays depuis cette invasion. Et de surcroît, tout le long de cette période et malgré le désengagement militaire entrepris par Obama, les services de renseignements américains auront fait preuve de myopie, face à un phénomène qui s’amplifie dans les pays arabo-musulmans et même au Mali : le Djihadisme précisément. Un Djihadisme qui recrute même chez des Européens et des Américains eux-mêmes comme l’avait disséqué une enquête minutieuse publiée sur plusieurs « épisodes » par le quotidien français « Libération ». Le résultat est là : les Djihadistes ont proclamé la naissance de l’Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL) et cela exercera logiquement un effet d’entraînement d’ordre géostratégique, car, à côté, il y a la Syrie où les Djihadistes tiennent la dragée haute à l’armée de Bachar Al Assad. Et alors que décidera Obama ? Un réengagement militaire ? Une guerre sur le terrain ? Des frappes aériennes dont les spécialistes disent qu’elles seront inefficaces, comme le montre l’expérience française au Mali ?
Aujourd’hui, il incombe à Washington de trouver le moyen d’éviter que l’Irak ne s’embrase et qu’elle ne soit prise en otage par les Djihadistes. Le monstre qu’elle a « fabriqué » se retourne contre elle. Et elle l’aura voulu.

 

Raouf KHALSI