Fraude ? Plutôt cybercriminalité - Le Temps Tunisie
Tunis Vendredi 16 Novembre 2018

Suivez-nous

Nov.
17
2018

L’éditorial

Fraude ? Plutôt cybercriminalité

Jeudi 12 Juin 2014
نسخة للطباعة

L’angoisse des Français (parents, enseignants et système tout entier), lors du BAC était que les candidats boudaient les révisions pour se brancher sur le Roland Garros.
Celle des Tunisiens, encore imbus des valeurs et de la solennité de l’enseignement, tient à l’amplification du phénomène de la tricherie, véhiculé par un savant transfert de technologies. Il fallait s’y attendre un peu : les Tunisiens comptent parmi les meilleurs au monde (en proportion démographie) à maîtriser les techniques numériques et parmi les plus nombreux à disposer de GSM personnel, avec une parfaite maîtrise de ses applications.
C’est paradoxal : par la tricherie et la fraude technologique, les Tunisiens se mettent pour ainsi dire dans l’air du temps. Sauf qu’il s’agit, tout compte fait, d’une nouvelle forme de cybercriminalité, répréhensible pour la loi, mais qu’on n’arrive pas à conjurer parce que la logistique classique de surveillance des examens s’avère dépassée par le génie maléfique des jeunes manipulateurs de ces technologies.
Jusque-là, le Ministère se veut rassurant et déclare que la situation est sous contrôle. Il nie même qu’il y ait eu fraude quelque part alors que des informations filtrant à travers quelques centres d’examen disent le contraire.
Cette session du bac est-elle pour autant compromise ? Peut-être pas. Mais ce qui est sûr, c’est que les candidats honnêtes (la majorité heureusement) seront pénalisés, dans la correction, au profit des fraudeurs.
Pouvait-on éviter cela ? Sans doute. Parce qu’il est établi que le BAC 2014 a été plutôt préparé à la hâte ; parce que le ministère fraîchement installé ne pouvait agir, sur les programmes et sur les dispositifs établis par le gouvernement précédent. De surcroît, les longues tergiversations autour des 25% pour le rachat auront cultivé une espèce d’obsession chez les candidats au BAC.
La vérité est que la mauvaise culture de l’excellence et de la gagne, héritée de l’ancien régime, fait en sorte que le succès au BAC est dénaturé par le ratissage tous azimuts et la prééminence de la quantité sur la qualité. Cela fait très longtemps que, malgré une propagande rituelle à chaque fin d’année scolaire, le BAC  est au fond dévalorisé. D’abord par la réussite non intrinsèque et non méritée ; ensuite par la mauvaise qualité de l’enseignement dispensé tout le long de l’année ; enfin par le désengagement des profs et la cupidité de pas mal de parents de candidats.

 

Raouf KHALSI