«En Tunisie, quand on change de ministre, l’équipe des J.C.C. change avec lui…» ! - Le Temps Tunisie
Tunis Mardi 17 Juillet 2018

Suivez-nous

Jul.
19
2018

Cinéma tunisien et Vues d’Afrique : Rencontre avec Gérard Le Chêne, Président Directeur Général International du Festival

«En Tunisie, quand on change de ministre, l’équipe des J.C.C. change avec lui…» !

Mercredi 11 Juin 2014
نسخة للطباعة

Gérard Le Chêne est le fondateur depuis une trentaine d’années  de    Vues d’Afrique qui se tient tous les ans entre avril et mai à Montréal au Canada. Il est aussi ami de la Tunisie et de ses cinéastes  et conserve une longue relation de travail  avec Taieb Louhichi  qui a présenté avant le tragique accident, un bon nombre de ses films dont les Montréalais se souviennent encore. Nous  avons rencontré       Gérard Le Chêne en pleine effervescence  de la 30 ème édition du festival, lors d’un vernissage au Monument National (sis,  Bd. Saint Laurent) , de l’artiste d’origine algérienne installé à Montréal,  Azzedine Mekbel. Exposition organisée dans le cadre de Rallye Expos que parraine Vues d’Afrique.
Le Temps : Quels sont les principaux objectifs du festival Vues d’Afrique ?
Gérard Le Chêne : dès sa création, Vues d’Afrique s’est donné pour mission de diffuser et promouvoir la création africaine et créole d’ici et d’ailleurs, et de contribuer à la diversité culturelle et à l’ouverture des Canadiens et des Montréalais en particulier,  à la réalité multiculturelle.   Ses activités offrent un espace de rencontre et d’échange entre cultures diverses impliquant en particulier, les communautés d’origine africaine et créole dont l’intégration constitue l’un des plus grands défis  du Canada d’aujourd’hui.
*Nombre de nos réalisateurs tunisiens entretiennent depuis des années, des relations professionnelles avec Vues d’Afrique ; quels sont ceux que vous avez connus le mieux?
-C’est surtout Taieb Louhichi ,  un habitué du festival ; lors de la première édition en 1985, il a reçu pour « L’ombre de la terre », un prix ex aequo avec Gaston Kaboré , cinéaste burkinabé   . Il est revenu pour présenter « Leila ma raison »,  puis « L’île de Gorée »… Après son terrible accident survenu aux Emirats, je l’ai revu à l’hôpital à Paris alors qu’il ne pouvait remuer aucun de ses membres. Après des années de rééducation,  il a réussi à recouvrer l’usage de ses mains puis celui de la parole. D’ailleurs, je demandais constamment de ses  nouvelles auprès du réalisateur franco-guinéen,  Mama Keita.
J’ai revu Taieb Louhichi avant la Révolution tunisienne, en 2010,  lors des Journées cinématographiques de Carthage et j’ai découvert un homme transformé,  assis dans un fauteuil roulant mais qui pouvait bouger ses membres…il avait même écrit et réalisé un film qu’on espère présenter à Montréal lors de la prochaine édition de 2015.
Notre festival a présenté et fait connaitre d’autres cinéastes  de la Rive Sud de la méditerranée, comme Moufida Tlatli, « Les silences  du Palais » et Nadia Fani  «  Laïcité, Inchallah » pour ne citer que celles-ci. Comme vous le savez, «  Laïcité, Inchallah »  a provoqué une vive polémique  parce que son auteure  a osé réclamer une place pour la laïcité au sein de sa société fraîchement libérée de la dictature ,  ce qui lui a valu la hargne    des islamistes… A propos, on passe tous les films censurés dans leur pays d’origine  et à mon avis, la censure est la meilleure chose pour que l’on parle d’une œuvre cinématographique.
* Quelles relations entretenez-vous avec les JCC et Le FESPACO ?
-Vues d’Afrique est jumelé avec le FESPACO au  Burkina Faso depuis 30 ans,  comme il a des liens étroits avec les JCC malgré les quelques « turbulences » qui ont eu lieu, car on a repris les relations en 2010 , suite à une invitation sur la demande de l’Organisation Internationale de la francophonie. J’aimerai cependant ajouter qu’en Tunisie, il suffit qu’on change de ministre pour que toute l’équipe des JCC change,   ce qui n’est pas le cas par rapport au FESPACO.
 *Lors de la trentième session de Vues d’Afrique, quelle place a été accordée au cinéma tunisien ?
-Nous   avons consacré une journée au cinéma tunisien et « Millefeuille»,  le dernier opus de Nouri  Bouzid projeté à la compétition officielle, a obtenu une mention spéciale.
Tous les films qu’on programme offrent une grande diversité d’histoires qui nous émeuvent, nous divertissent, nous font réfléchir et nous rassemblent. Profondément originales, les images sont appréciées partout  dans le monde.
Côté cinéma ou arts plastiques, nous nous attelons à faire connaitre à tous ceux qui vivent au Canada, l’autre Afrique, celle de l’espoir et de l’avenir.

Propos recueillis par : Sayda BEN  ZINEB