Une certaine Egypte - Le Temps Tunisie
Tunis Mardi 17 Juillet 2018

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2018

Festival Images singulières, à Sète

Une certaine Egypte

Mardi 10 Juin 2014
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 Des photographes amoureux de l’Egypte présentent au festival Images singulières, à Sète en France, leur regard sur le pays, à rebours des images de l’actualité.  
Visages de femmes en gros plan alternent avec des visions des rues du Caire  ponctuées de phallus après un travail numérique sur l'image... La série "Phallocracia", du photographe Johann Rousselot, se présente comme une longue frise accrochée aux murs des chais des moulins à Sète, dans le cadre du festival Images singulières.
Avec un humour provocateur et désenchanté, Rousselot exprime ainsi tout le poids de la domination masculine sur la société et la rage des femmes égyptiennes privées de la liberté qu’elles avaient cru obtenir dans les premiers temps de la révolution. Il commente pour "le Nouvel Observateur" deux clichés.
"Quand j’ai vu cette statue et découvert son nom 'Le réveil de l’Egypte', j’ai su tout de suite que j’allais l’intégrer dans mon travail. Mais il m’a d’abord fallu convaincre de ma bonne foi les quatre policiers alertés par mon intérêt pour des sujets peu prisés des touristes, et leur faire croire à mon attrait pour les gloires nationales ! Après un long travail numérique sur le principe du collage, j’ai inséré ces phallus en marbre en référence aux monuments antiques et en guise de clin d'oeil au titre de la statue".
"Colères », mon projet sur les printemps arabes, commencé en Tunisie en janvier 2011, poursuivi en Libye, et enfin en Egypte, mélange graphiquement portraits de militants et slogans politiques écrits sur les murs, auxquels j’ajoute parfois des symboles qui racontent une histoire comme le ferait une légende.
Ici, c’est une ex-Sœur musulmane, qui a quitté depuis la Confrérie, après y avoir constaté une dérive dictatoriale. Elle fait partie des révolutionnaires des premiers jours et a vite déploré la scission entre les Frères musulmans et les idéaux des révolutionnaires. Par cette recherche formelle, j’ai voulu reproduire l’esprit des murs autour de Tahrir. En Egypte, le street-art est d’une incroyable vitalité et d’une grande diversité. Dans les périodes troublées, l’art des rues est étonnamment puissant, véhiculant des messages essentiels sur l’état de la société.
Les deux projets se parlent. Au début de la révolution, les femmes étaient en première ligne, à l’égal des hommes, c’est ce que l’on voit sur ces quelques images accrochées en hauteur. Le projet Phallocracia, lui, montre totalement l’inverse et j’ai voulu mettre en vis-à-vis ces deux travaux. Montrer comment, en quelques années, les femmes égyptiennes sont passées du fol espoir des 18 journées magiques (du 25 janvier au 11 février 2011), au retour étouffant à la plus traditionnelle des sociétés machistes". (Agences)