Malgré les négativistes, grandes espérances autour de cette Instance - Le Temps Tunisie
Tunis Dimanche 23 Septembre 2018

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Sep.
24
2018

L’éditorial

Malgré les négativistes, grandes espérances autour de cette Instance

Mardi 10 Juin 2014
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Plus l’édification démocratique se concrétise et plus la suspicion s’amplifie. C’est inhérent à la Démocratie dans sa dimension universelle, telle que la définit le publiciste Raymond Aron dans son ouvrage « Démocratie et totalitarismes ». On s’attendra donc à voir encore plus de grognards, d’esprits chagrins et de forces de rétention faire entendre leurs voix car, quelque part, l’institutionnalisation de la Démocratie dans notre pays dérange. Et elle dérange des Tunisiens eux-mêmes, plus enclins à faire le procès des personnes que celui des institutions.
Hier, l’installation de l’Instance Vérité et Dignité a été largement médiatisée par la presse internationale.
Et cela pince un peu nos amis français qui s’étaient limités, sous la houlette de De Gaulle, après la libération, au procès du Maréchal Pétain et quelques-uns des collaborateurs de l’occupant nazi.
Cette Instance, la première du genre dans les pays ayant vécu les affres de la dictature, ne s’érigera pas en tribunal d’exception. Elle ne fera pas non plus le procès de l’Histoire, toujours déroutante, par ses revirements dialectiques. Mais, tel que l’indique son nom, elle s’attèlera à élucider les mystères, les zones d’ombre et, donc, à rétablir la Vérité (avec un grand « v ») et à restituer leur Dignité (avec un grand « d ») à ceux qui ont été férocement persécutés durant les cinquante années de dictatures.
Dans leur totalitarisme aveugle, les dictatures bafouent les règles premières des Droits de l’Homme, persécutent et exécutent, par une parodie de Justice, ceux qui osent s’opposer à elles. Il faut donc que justice soit faite et il faut que les instigateurs et les exécutants des sauvages représailles, paient pour leurs actes. Et alors, en quoi y voit-on une chasse aux sorcières ?
Sur le plan institutionnel, l’Instance rendra possible la concrétisation de la Justice transitionnelle. Sur le plan organique, on ne comprend pas que certaines parmi les personnalités militantes qui la composent, soient sujettes à équation, que l’on mette en doute leur intégrité ou qu’on leur prête carrément des réminiscences partisanes. Or, consultons leurs C.V respectifs : on n’y trouvera rien qui prête à équivoque. Quand à leurs itinéraires, eh bien rien n’indique qu’elles aient flirté avec la dictature. Il reste les déterminismes idéologiques : ça c’est intuitu personae.

 

Raouf KHALSI