Le «show» télévisé d’Ali Lâarayedh fait toujours parler de lui: La meilleure défense, est-ce toujours l’attaque ? - Le Temps Tunisie
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Le «show» télévisé d’Ali Lâarayedh fait toujours parler de lui: La meilleure défense, est-ce toujours l’attaque ?

Samedi 7 Juin 2014
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Rares sont les fois où dans un procès vous entendez un prévenu plaider coupable. Généralement, les prévenus prétendent être innocents même s’ils sont appréhendés en flagrant délit. Pour être acquittés, ils sont prêts à nier tout en bloc en essayant de qualifier les preuves irréfragables que vous leur opposez comme étant des faits fabriqués par des personnes envieuses ou haineuses qui leur veulent du mal et qu’ils sont, donc, victimes d’un complot. Quoi que vous fassiez pour en établir la culpabilité avérée, ils font tout pour induire les juges en erreur en les assourdissant par des cris d’innocence qui reviennent comme un refrain. Les choses se compliquent davantage lorsque le procès en question est politique. Là, les manœuvres deviennent plus déroutantes et les manèges plus variés.

Dénégation en bloc
L’ex chef du gouvernement, Ali Laârayedh, s’est montré, sur le plateau de « Seulement pour ceux qui osent » de dimanche dernier, aussi autoritaire et aussi agressif qu’avant comme s’il n’avait pas quitté le pouvoir. A chaque question que lui posait le journaliste, Néji Zîiri, il se déchaînait et mugissait comme si celui-ci avait proféré des injures à son encontre ou qu’il l’avait insulté. Alors que rien de tout cela ne s’est produit, il a, tout, simplement, rempli la tâche qui est la sienne en lui posant les questions qu’imposent le moment et qui tourmentent les Tunisiens pour que l’émission ne tourne pas à une cérémonie de gratification en l’honneur de l’ex-chef du gouvernement. En fait, il ne faudrait pas trop lui en vouloir, car plusieurs médias et plusieurs journalistes y ont habitués les responsables de la défunte Troïka et, plus particulièrement, ceux de l’ex majorité, c’est-à-dire les islamistes d’Ennahdha. Dernièrement, nous en avons vu la manifestation lors de l’émission du « 8ème jour » où l’animateur, Hamza Belloumi, et le chroniqueur, Mokhtar Khalfaoui, se sont, complètement tus devant les chiffres fallacieux présentés par le député nahdhaoui, Zied Laâdhari, qui s’est improvisé expert en économie. Et la seule réplique faite par l’animateur et qu’il a formulée naïvement, c’était que le pouvoir d’achat affaibli démentait ces chiffres, alors qu’auparavant il avait essayé, en compagnie de son chroniqueur, de réfuter tout le raisonnement et tous les arguments développés par Hamma Hammami. Revenons à nos moutons et à l’ex-chef du gouvernement qui, s’attendait, donc, à un traitement complaisant de la part des journalistes dont l’un ne l’a pas épargné et a honoré son métier. Manifestement, il était pris au dépourvu face aux questions directes du journaliste et de son insistance d’avoir des réponses claires. Il oublie ou fait semblant d’oublier que l’heure est grave et ne souffre aucune exception et aucun traitement favorable, car c’est la sécurité nationale qui est menacée et que c’est l’avenir de tout un pays qui est compromis.
N’était-il pas le ministre de l’intérieur, à l’époque où le premier assassinat politique était perpétré et le chef du gouvernement au temps duquel le second crime de ce genre avait eu lieu ? Ce n’était pas pendant son règne que les salafistes se sont épanouis, que les LPR étaient créés et que les partis fondamentalistes ne croyant aucunement en la démocratie avaient obtenu des visas ? Ce n’était pas à son époque que les milices de son parti, baptisés protecteurs de la révolution, ont attaqué le siège de l’UGTT et agressé les manifestants le 9 avril 2012 ? Et l’attaque de l’ambassade des Etats-Unis n’était-elle pas l’œuvre des sa lafistes qui jouissaient d’une grande latitude ? Et la fuite orchestrée d’Abou Iyadh de la mosquée Al Fath ? Et la liste est encore longue. Et comme à l’accoutumé, il en a décliné toute responsabilité.

Poursuites en cascade
Le comble c’est qu’il a prétendu ne pas être au courant d’un fait majeur, à savoir l’hébergement de ce terroriste notoire en plein centre de la capitale et son escorte, jusqu’au poste frontalier de Ras Jedir, assurée par un agent de la garde nationale qui est toujours en garde à vue sans qu’il n’en soit jugé. Les Tunisiens lui ont confié leur vie qu’il n’a pas su protéger, alors il est passible de poursuites judiciaires. D’ailleurs, plusieurs actions en justice ont été intentées contre lui dans ce sens. La dernière en date est celle faite par le propriétaire de la chaine Al Hiwar, Taher Ben Hassine, pour « diffamation et incitation au meurtre », le même grief soulevé par la famille et le parti de Chokri Belaid. Dans cette même affaire, il a refusé de comparaître devant la justice pour témoigner, et ce refus lui a valu plusieurs critiques et même des demandes d’arrestation à son encontre. En dépit de toutes les manœuvres et astuces dont il use, l’ex chef du gouvernement ne parvient pas à fourvoyer l’opinion publique, ni à jouir des bienfaits de la fuite du temps qui estompe les souvenirs au point de nous rendre amnésiques. Son acharnement et son irritation disproportionnés le trahissent : il est tout à fait conscient de la véracité des faits qui lui sont attribués et de la gravité des torts qu’il a faits aux Tunisiens. C’est pour toutes ces raisons qu’il a essayé de profiter du prononcé du jugement de la part du tribunal militaire en faveur des hommes de main de Ben Ali pour réclamer, dans un média, au cours de la même semaine, son innocence dans l’affaire tragique de la chevrotine de Siliana. On ne sait plus qui en incriminer si le ministre de l’Intérieur, l’homme qui a commandé toute l’action, en est innocenté. Peut-être bien les victimes elles-mêmes pour s’être, délibérément, exposées à ces plombs.

 

Sauvé par l’artiste
Lors de cette émission télévisée, il a passé un mauvais quart d’heure. Toutefois, il était, relativement, soulagé par la présence du comédien Raouf Ben Yaghlane qui a mis dans le même sac le mouvement Ennahdha et tous les autres partis politiques, ceux qui ont exercé le pouvoir et ceux qui étaient en dehors de cette sphère. Placer tous les protagonistes à égale distance et leur faisant assumer le même degré de responsabilité au niveau de la dégradation de la situation sécuritaire dans le pays ne pourrait que satisfaire notre invité qui, pour exprimer sa gratitude et gagner sa sympathie, a fait un usage exagéré et parfois même inapproprié de l’expression emblématique « je voudrais m’exprimer », qui identifie sa pièce «Inaabar Wala Manaabarchi» (je m’exprime ou pas). L’animateur de l’émission, Samir Ouafi, a trouvé la parade cette fois-ci en se faisant substituer par l’artiste sans trahir son parti pris comme il l’a fait par le passé, et en particulier, lors de l’invitation de Rached Ghannouchi. Lâarayedh s’est, alors, barricadé derrière Ben Yaghlane et s’est mis à glorifier l’art et la culture et à développer des contre-vérités, en prétendant que son gouvernement les a encouragés aussi bien financièrement que moralement sans que celui-ci ne réagisse pour élucider la vérité tellement il était subjugué par ces propos mielleux. Et pourtant cette vérité sautait aux yeux, car comment l’ex-chef du gouvernement peut-il prétendre cela, alors qu’on sait tous que les subventions dont jouit le ministère des Affaires religieuses sont beaucoup plus importantes que celles versées au ministère de la culture. Est-ce une politique pareille est de nature à permettre l’épanouissement de la création artistique et culturelle ou bien, au contraire, au développement de la rétrogradation? Cela sans parler de la mainmise de la Troïka sur la vie culturelle et l’implantation des écoles coraniques, visant le travestissement de la culture nationale, que plusieurs artistes, dont notamment, Ezzeddine Gannoun, a dénoncées. Décidément, le nombre des artistes ayant une culture politique est très limité dans le pays. En témoigne la qualité de la plupart des travaux qu’ils ont présentés ; ils ne se sont pas hissés au niveau de la conjoncture révolutionnaire qui, visiblement, ne les a pas inspirés. Plusieurs de nos artistes ne se sont pas débarrassés de leurs anciens réflexes de soumission en se comportant comme des suppôts vis-à-vis du parti au pouvoir.
Certains le font intentionnellement, et d’autres sans s’en rendre compte tellement cette allure devient une seconde nature chez eux. Notre culture gagnerait en qualité et notre politique en efficacité si on supprimait les clivages qu’on dressait entre les deux domaines. Un homme de culture devrait être politisé et un homme politique devrait être cultivé. C’est de cette façon-là qu’une société pourrait avancer, sinon sa démarche serait boiteuse….           

 

F.K