L’apathie des femmes et des hommes de Culture - Le Temps Tunisie
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2018

L’éditorial

L’apathie des femmes et des hommes de Culture

Samedi 7 Juin 2014
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Il était temps que le ministre de la Culture sonne l’alarme quant à l’absence de mécénat, le manque de fonds pour la production artistique et l’état de délabrement de notre patrimoine matériel et immatériel.
Il y a en effet, depuis la Révolution, une sorte de désengagement autour de la Culture. Car, paradoxalement, durant le régime déchu, la liberté d’expression migrait sur les planches et dans la production cinématographique. Sauf que la Révolution n’intègre pas la composante culturelle qui, de facto, s’est retrouvée marginalisée, alors que nos femmes et hommes de Culture ne trouvaient pas de nouveaux repères, et que l’on assiste à l’émergence de genres nouveaux, dont quelques-uns versent carrément dans le populaire de bas étage.
Sans doute, le ministère, dont le budget reste quand même dérisoire par rapport au potentiel culturel du pays, entreprend-il actuellement de grandes campagnes de sensibilisation et essaie-t-il de secouer les artistes de cette torpeur bizarre qui les a « frappés » depuis la Révolution, alors, qu’avant, ils rivalisaient  d’ingéniosité pour faire passer des messages, loin des stéréotypes. On se rappelle d’ailleurs quelles réserves ils ont formulées face à l’instrumentalisation, du temps de Ben Ali, de cette monumentale supercherie culturelle où la Tunisie a été proclamée « capitale mondiale culturelle ». Ce fut une grande propagande pour le régime et les artistes militants s’en dissocièrent carrément.
Aujourd’hui, Mourad Sakli dresse l’état des lieux de la production culturelle en Tunisie. Celle-ci est dans une apathie inexplicable sans doute parce qu’elle avait pris l’habitude (une seconde nature en fait) de se livrer au jeu du chat et de la souris avec la régime. A ce point la fin de la censure ne libère-t-elle pas le génie créateur et laisse-t-elle les artistes dépourvus de repères et d’idées ?
Il est vrai que cette Révolution s’est accomplie grâce aux jeunes en quête d’égalité sociale, de travail et de dignité. Mais la culture ne doit pas s’en dissocier parce que, dans le fond, toutes les révolutions sont quelque part culturelles.

Raouf KHALSI