Kamel Letaïef, au bout de ses peines Classement de l’affaire sans suite - Le Temps Tunisie
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Justice

Kamel Letaïef, au bout de ses peines Classement de l’affaire sans suite

Mardi 3 Juin 2014
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Le dossier Kamel Letaïef vient d’être classé sans suite par le juge d’instruction près le tribunal de première instance à Tunis 2 (sijoumi) et ce après une procédure qui a traîné en longueur et une accusation des plus graves, s’agissant de complot contre la sûreté de l’Etat fondée sur des ramassis d’éléments manquant pour la plupart de fiabilité.
Cette affaire a commencé en avril 2011suite à un recours au parquet déposé par Me Chrérif Jébali au nom de son confrère qui affirme avoir reçu des sms sur son téléphone, faisant allusion à des faits politiques. Quoique rédigés en termes décousus, ces sms cryptés auraient  fait allusion à un  kidnapping du frère d’un homme politique, pour l’échanger contre un détenu, proche de Ben Ali.
Bref un faisceau de bizarreries, présenté dans un puzzle dont les pièces sont  sinon  introuvables en tous cas difficiles à rassembler.
Il a fallu attendre un an, soit en avril 2012, pour que le juge d’instruction revienne à la charge dans cette affaire, hurluberlu. La troïka est constituée, avec un nouveau gouvernement en place.
L’avocat  est alors entendu par le juge d’instruction et c’est là qu’il évoque des noms d’hommes politiques,  dont celui de Kamel Letaïef. L’avocat  aurait présenté le journal d’appel de ce dernier, révélant des communications téléphoniques avec des responsables de l’Etat ainsi qu’avec des médias et des hommes d’affaires.
L’avocat veut démontrer à travers ces éléments que Kamel Letaïef serait derrière un complot contre l’Etat.
Le juge d’instruction du 5ème bureau près le tribunal de première instance qui  mena  l’enquête, avait  pris une mesure d’interdiction de voyager à l’encontre de Kamel Letaïef.
Il lui a adressé une convocation à comparaître, à laquelle il avait cru bon de ne pas répondre.
La réaction du juge d’instruction ne s’est pas fait attendre. Munies d’un mandat d’amener, les forces de l’ordre s’étaient rendues à l’époque, au domicile de l’intéressé à Sidi Bou-Saïd pour l’emmener manu militari.
Retranché  dans une des dépendances de sa villa, Kamel Letaïef avait refusé d’obtempérer et avait fait appel illico à son avocat.
Celui-ci avait  contacté le juge d’instruction et  put négocier avec lui  afin d’obtenir son accord pour le report de l’affaire.
Les forces de l’ordre, qui ont cerné la villa de Kamel Letaïef pendant un bon bout de temps, avaient  fini par quitter les lieux.
Par ailleurs l’avocat de l’inculpé, avait démenti que son client ait agressé l’un des agents des forces de l’ordre venus exécuter le mandat d’amener.
Il avait ajouté, que Kamel Letaïef n’avait nullement refusé de se rendre chez le juge d’instruction.
L’attitude du juge d’instruction qui s’était déplacé au domicile de l’accusé, ce qui constitue une première, le juge ne se déplaçant que dans des cas extrêmes tels qu’en cas de crime, avait suscité un tollé tel qu’il a été dessaisi du dossier. L’affaire avait été confiée à un juge d’instruction près le tribunal de Tunis 2.
Il était question que ce nouveau  juge procède à la convocation des hommes politiques cités dans la requête, si des fois il y avait des éléments probants confirmant les allégations du requérant.
Or au jour d’aujourd’hui, le juge a estimé bon de classer l’affaire sans suite après avoir levé la mesure d’interdiction de voyage  prise à l’encontre de Kamel Letaïef.
Et dire que l’avocat tenait à l’arrestation de Kamel Letaïef avant même que le juge ne procède à l’audition des hommes politiques tels que Rachid Ammar ou Foued Mebazaâ, qu’il a cités dans sa requête pèle  mêle et qui se sont révélés être loin de tout contact  avec Kamel Letaïef.
Cette affaire servira  malgré tout et bien que classée sans suite, de précédent dans les annales de la justice tunisienne, tant concernant les éléments de l’accusation fondés sur des mirages  que la diligence du parquet, avec un dossier ballotté entre tribunaux et juges d’instruction !

 

Ahmed NEMLAGHI