Enjeux - Le Temps Tunisie
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2018

L’éditorial

Enjeux

Mardi 3 Juin 2014
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Au train (saccadé) où vont les pourparlers et, disons-le, les spéculations autour de l’organisation des élections, il n’est pas sûr qu’on arrivera à bon port avant la fin de l’année, comme le dit la Constitution et comme c’est consigné dans la feuille de route.
Alors, en commence par la présidentielle ou par les législatives ? Là, il y a faille dans la Constitution qui est muette à ce propos. Or, les enjeux sont de taille. Au-delà des aspects techniques, qu’on peut quand même dépasser, les deux clans opposés ( Ennahdha et ses vassaux pour des législatives avant) ; Nidaâ Tounès et Al Joumhouri (tiens Néjib Chebbi s’éloigne d’Ennahdha) pour la primauté de la présidentielle.
Dans une démocratie qui se respecte, c’est la Constitution qui prévoit la périodicité des deux scrutins. Scrutins qui peuvent par ailleurs faire basculer la nature du régime : parlementaire ou présidentiel. En France, par exemple, on procède à l’élection du président et systématiquement le président élu « porte » son parti ou sa coalition au parlement. Deux années après, on procède aux élections législatives et, là cela devient le jeu des partis. Il arrive alors que l’opposition remporte les élections et, du coup, c’est la cohabitation : le président reste à l’Elysée, mais le gouvernement est dirigé par un premier ministre issu de l’opposition gagnante. Et alors toute la nature du régime change, de présidentiel, il devient parlementaire.
C’est là,  un savant et subtil exercice de la démocratie, infléchi, du reste, par un De Gaulle qui avait taillé la Constitution de la 5e République à sa mesure. Avec lui, il n’y aurait jamais eu de cohabitation.
Chafik Sarsar a parfaitement raison de ruer dans les brancards. Il craint que le bras de fer actuel ne le mette dans la situation de quelqu’un qui aura failli à sa mission. De surcroît c’est Mehdi Jomaâ  lui-même qu’on est en train de « saboter » parce qu’entre autres, sa mission consiste à organiser les élections avant la fin de l’année.
Quelle différence, dirait-on, entre une présidentielle avant les législatives ou l’inverse ? Nous l’expliquions,  ici, il y a deux semaines sur ces mêmes colonnes. Ennahdha est sûre de gagner les législatives ce qui, psychologiquement, aurait un impact sur les électeurs de la présidentielle. Même raisonnement pour la présidentielle : malgré l’adversité, Béji Caïd Essebsi est sûr d’aller à Carthage. Là Nidaâ Tounès aurait, pour sa part, un avantage psychologique pour les législatives.
Or, d’une part comme de l’autre, on sait que par la disposition des choses, le président et le parlement ne seront pas  issus du même parti, ou de la même coalition. Et l’on sait d’ores et déjà que, nolens volens, Ennahdha ne voudra pas quitter l’hémicycle et qu’elle garderait donc le pouvoir. C’est sa stratégie !

 

Raouf KHALSI