Le temps des désamours, des suspicions et des inopportunes implosions - Le Temps Tunisie
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Baromètre politique

Le temps des désamours, des suspicions et des inopportunes implosions

Dimanche 1 Juin 2014
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Autrefois on donnait des surnoms aux souverains, X Le Bon, Y Le Bienheureux, Z Le Bien aimé etc. Aujourd’hui, sous nos cieux tunisiens, nous devrions chercher le ou les qualificatifs qui conviendraient à notre président provisoire. Sur les réseaux sociaux et dans plusieurs cercles publics ou privés, on n’a pas trop attendu pour flanquer le nom de Moncef Marzouki de sobriquets divers. Nous avons rarement entendu les gens l’appeler par un deuxième nom valorisant. C’est qu’une bonne majorité de Tunisiens s’est habituée à railler tous ses dirigeants politiques sans exception, surtout ceux qui s’y prêtent volontiers ou qui font tout pour mériter leurs surnoms dénigreurs. Au niveau de la Présidence tunisienne et de ses nombreux porte-parole et conseillers, il arrive qu’on réagisse aux sarcasmes, parfois même en en tirant profit, par exemple pour valoriser l’esprit tolérant et démocratique de l’actuel chef d’Etat qui ne rechigne pas aux critiques et qui ne se considère pas au-dessus de tout reproche. Mais ces derniers jours, Marzouki reçoit le roi marocain, Mohamed VI, alors qu’une centaine de Tunisiens ont porté plainte contre lui pour des propos diffamants à l’encontre de son peuple. D’autre part, un vrai désamour s’installe pour de bon dans les cœurs à l’encontre de ce Président psychologue et défenseur des droits de l’homme qui ne cesse paradoxalement de commettre des bourdes politiques, psychologiques et judiciaires. On lui doit déjà plus d’une attaque contre ses propres compatriotes (de l’Opposition en particulier) lors des ses visites à l’étranger ; on se convainc de plus en plus qu’il ne se comporte pas en président de tous les Tunisiens et qu’il exerce un pouvoir mû essentiellement par des ambitions partisanes et des calculs d’alliances très restreints. Pourtant Marzouki est encore là, indécollable de Carthage, au CPR on parle de lui comme candidat de ce parti pour les prochaines élections présidentielles, en dépit des résultats catastrophiques que lui prévoient les différents sondages sur ce futur scrutin. Et Marzouki de mener plus ou moins ouvertement ses campagnes électorales sans vouloir renoncer à son siège de Président ! Mais cette fois, peut-il encore compter sur un appui miraculeux de ses alliés nahdhaouis d’hier ! Les doutes planent là-dessus, Ennahdha semble préoccupée par la recherche de nouveaux « amis » susceptibles de l’aider à redorer son blason bien altéré durant ses deux années de pouvoir effectif !

Alliés d’hier et alliés de demain

Ahmed Néjib Chebbi (Al Jomhouri) se fait, semble-t-il à beaucoup d’observateurs, pressentir comme le futur allié d’Ennahdha. Son groupe parlementaire de l’ANC vient de se désolidariser du bloc démocratique ! Il y a donc de nouvelles alliances dans l’air que l’on sentait venir depuis qu’a éclaté le différend entre Chebbi et Essebsi au sein de l’Union pour la Tunisie ! L’Alliance démocratique de Mohamed Hamdi connaît elle aussi des tourmentes internes : autoproclamée comme force centriste opposée à la bipolarisation Ennahdha-Nida, nous ne lui voyons pas d’atouts réels pour s’affirmer comme une coalition alternative ! En revanche, il n’est guère exclu que Mohamed Hamdi et Cie cherchent déjà leur allié de demain, et curieusement nous les voyons mal échapper à un rapprochement inévitable avec Ennahdha ou avec le Nida ! Mahmoud Baroudi essuie depuis quelques semaines des accusations de « sympathies » pour le parti de Bajbouj ! Il a beau s’en disculper, le Tunisien cancan n’en démord pas encore ! Au Nida, le ciel semble légèrement ou sérieusement s’assombrir (c’est selon) : l’ « affaire » du Premier Congrès Constituant prévu pour le 15juin prochain ( ?) n’a pas aidé à décrisper l’atmosphère, encore moins les petits conflits personnels entre les « leaders » présumésdu parti. Il y en a de l’intérieur comme de l’extérieur qui s’en réjouissent ; mais à notre avis la débandade au sein du Nida ne peut profiter qu’à Ennahdha qui tient à revenir plus forte que jamais au pouvoir ! Ali Lâarayedh refait surface ces derniers temps et l’on reparle de nouveau de la sécurité parallèle à la solde de Ghannouchi ; il y aurait de nouveau connivence entre groupes terroristes et dirigeants ou hommes de main d’Ennahdha ! Le dernier attentat de Kasserine a suscité beaucoup d’interrogations et beaucoup de suspicion autour d’une possible connivence des autorités locales avec les auteurs de l’opération terroriste ! De nouveau le ministère de l’Intérieur est visé du doigt ! Les syndicats de la sûreté ne sont pas épargnés ; il paraît qu’ils sesont divisés en deux camps antagonistes, l’un pro-nahdha, l’autre pro-Nida ! Quelle bonne nouvelle pour le peuple tunisien et les familles des victimes du terrorisme ! En qui désormais auront-ils confiance ! La suspicion est générale ces derniers jours, et elle n’épargne pas Mehdi Jomâa ni même Houcine Abbassi qui ne font pas grand-chose pour se conformer aux clauses de la feuille de route du Dialogue National ! L’UGTT est de nouveau sur la sellette et certains hommes politiques sentent que son secrétaire général joue le jeu d’Ennahdha à propos de plusieurs questions cruciales !

Le doute s’installe partout

On commence aussi à avoir des doutes sur la tenue des prochaines élections auxquelles personne n’est vraiment bien préparé ! Chafiq Sarsar lui-même (président de l’ISIE) émet des craintes à ce sujet ; on redoute également l’implosion et l’effritement de la Gauche qu’on croyait rassemblée après le départ d’Ali Lâarayedh ; les déchirements de ce genre ont entraîné la victoire écrasante d’Ennahdha et de ses alliés en 2011. Le scénario va-t-il se reproduire ? Oui, le risque existe mais au Front Populaire on ne semble pas en mesurer l’ampleur : là-bas, on reprend les attaques contre le Nida et Ennahdha, placés dans le même sac ; on ne fait rien pour maintenir le contact avec les alliés de l’été dernier dans le cadre du Front du Salut ! Hamma Hamma est porté aux nues par ses supporters ; on attaque tout le monde ; on organise ses propres manifestations contre le terrorisme ; bref, tout le monde se détache de toutle monde à l’intérieur de ce qui s’appelait opposition, il y a seulement quelques mois ! Heureux les terroristes qui vont tirer plus d’une salve d’honneur à toutes ces « bonnes » nouvelles ! Et après, nos politicards viendront se lamenter et pleurnicher sur les plateaux de télévision pour soi-disant déplorer nos pertes en hommes et pour accuser autrui de tous nos malheurs !

Badreddine BEN HENDA

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