Une grande partie des Tunisiens découragés et déçus par la vie politique - Le Temps Tunisie
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Socialisation politique à la veille de la prochaine compagne électorale

Une grande partie des Tunisiens découragés et déçus par la vie politique

Dimanche 1 Juin 2014
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Socialisation politique à la veille de la prochaine compagne électorale ..Une grande partie des Tunisiens découragés et déçus par la vie politique

Une étude du cabinet Prodata vient d’être effectuée entre le 5 et le 22 mai 2014 auprès d’un échantillon de plus de 5 mille citoyens tunisiens. Cette étude qui porte sur le thème de la socialisation politique à la veille des prochaines élections, avait pour cible les Tunisiens âgés de plus de 18 ans, des deux sexes et appartenant au milieu rural et urbain. Le travail a été effectué sur terrain et a couvert les 24 gouvernorats tunisiens.

Lors d’une conférence de presse, hier, samedi 31 mai 2014, les représentants du cabinet Prodata, ont présenté les résultats de cette étude qui s’est axée sur quatre points fondamentaux, à savoir : la politisation des Tunisiens, la perception de la classe politique par les Tunisiens, les intentions d’inscription sur les listes électorales, la perception de la crédibilité des médias et consommation des médias par rapport à l’actualité politique.

Politisation des Tunisiens

La présente étude montre que sur la base de 5032 individus, à peine 5.7% de Tunisiennes et de Tunisiens se sont dit très intéressés par la politique. La question était : «Pouvez-vous s’il vous plaît me dire si vous êtes intéressés par la vie politique sans forcément faire de la politique ?». Contrairement à l’euphorie qui a accompagné le renversement du pouvoir en 2011, les citoyens tunisiens ne semblent plus assez portés sur la politique et ses enjeux. En effet, l’étude montre que 24.4% des individus interrogés se disent «pas du tout intéressés» par la politique. Les chiffres montrent qu’à peu près le quart des Tunisiens suivent réellement la vie politique, soit 27%. Le reste sont répartis entre moyennement portés sur la chose ou complètement indifférents.

Quant à la tranche d’âge, l’étude a montré de manière frappante, en termes de chiffres, un désintéressement inquiétant de la part de la population jeune. Effectivement, chez les moins de 21 ans, le pourcentage de ceux qui se sont dit indifférents dépasse les 50% ! Alors qu’elle est de moins de 20% pour la catégorie des jeunes qui s’intéressent à la politique. Plus on avance dans l’âge, plus le pourcentage des gens indifférents de la politique varie. Chez les trentenaires, c’est variable entre 38% et 34.1% contre 26% et 29.5% qui se disent intéressés. Chez les quadras, cela aussi varie aussi entre 37 et 35% de pas intéressés contre 27 et 34% intéressés. Par contre, 45.5% des quinquagénaires tunisiens se disent pas du tout intéressés par la politique, face à tout de même 67.5% chez les sexagénaires. Les chiffres montrent que le meilleur moment où le Tunisien est vraiment porté sur la politique c’est à la quarantaine et à l’aube de la cinquantaine.

Ces chiffres montrent surtout le désengagement politique de la force vive du pays. 67% des jeunes interrogés pensent qu’ils ne sont pas représentés au sein de la classe politique. Les moins de 35 ans ont répondu, également, par la négative quant à l’éventuel intérêt que pourrait porter les politiques aux jeunes et à leurs problèmes. Ils sont plus de 70% qui le pensent.

Quant à la fréquence de leur suivi de l’actualité politique, là aussi, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Sur un échantillon de 3325 individus, 38% ont répondu souvent à la question : «Pouvez-vous, s’il vous plaît, me dire à quelle fréquence suivez-vous l’actualité politique ?». 25% suivent régulièrement ce qui se passe dans le paysage politique tunisien contre 7.6% qui ne le font presque jamais.

L’outil médiatique le plus utilisé demeure la télévision. 92% disent utiliser la télé pour s’informer, contre 42.7% qui utilisent internet, 38.1% suivent l’actualité politique à travers les radios. La presse écrite vient à la fin du classement avec tout juste 15.5%. Lesmoins de 35 ans, sont surtout portés sur le monde virtuel pour être à la page (60.3%) alors que les plus de 35, suivent plutôt via la télé. A peine 21.3% d’entreux suivent sur le net et 94.6% à travers la télé.

Participation aux élections

Il y va sans dire que les chamboulements des deux dernières années et qui sont étroitement liés à une situation politique assez critique et instable, les déceptions cumulées et le désenchantement aux lendemains des élections de 2011, ont exhorté les jeunes à s’écarter de la vie politique. Une grande partie des Tunisiens se disent découragés et déçus de la vie politique et des discours des politiciens. Le plus grand danger que peut courir la Tunisie lors des prochaines élections est là : les gens, désenchantés, n’iront pasvoter. Déjà que durant les élections du 23 octobre 2011, 47.3% des gens interrogés disent n’avoir pas voté. L’étude montre chiffre à l’appui, ce risque énorme.

Etant donné que les prochaines élections ne sont pas comme celles de la Constituante, le cabinet Prodata a séparé les différentes élections qui doivent avoir lieu très prochainement en Tunisie, et ce, par ordre d’importance chez le Tunisien. 42.6% accordent une plus grande importance à l’élection présidentielle contre à peine 9.8% pour les élections municipales et 25.8% pour les législatives.

Par contre, durant la présidentielle , 35% des gens interrogés disent qu’ils n’iront pas voter contre 59.9% qui pensent aller voter et 5.5% qui hésitent encore. Quant aux législatives, les réponses sont presque identiques. D’ailleurs, la perception des votes n’est pas loin de ces résultats. 57.4% des Tunisiens interrogés pensent que le vote peut changer les choses, contre 26.3% qui pensent tout à fait le contraire et 16.4% qui ne le savent pas.

D’un autre côté, en demandant aux interrogés leur intention de s’inscrire ou pas sur une liste électorale, 69.9% disent qu’ils ne vont pas le faire. Quant à ceux qui n’étaient pas en âge de voter en 2011, 65.7% ont annoncé leur désir de s’inscrire contre 34% qui refusent de le faire. D’ailleurs, à peine12.4% de ceux qui ont voté disent ne pas avoir regretté leur choix mais qui regrettent leur choix face à 57.3% qui disent qui ne regrette ni leur vote ni leur choix.

Melek LAKDAR