« Le talent ne suffit pas… il faut que l'art soit notre raison de vivre … » - Le Temps Tunisie
Tunis Dimanche 23 Septembre 2018

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Sep.
23
2018

Entretien : Véronique Engels présentera le 1er juin au «Lieu», Gammarth, sa nouvelle exposition «Alchimie»

« Le talent ne suffit pas… il faut que l'art soit notre raison de vivre … »

Samedi 31 Mai 2014
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Véronique Engels compte plus d’une trentaine d’expositions personnelles. Lumineuses et éclairées, ses œuvres   transpercent les âmes. Sa quête spirituelle et sa recherche personnelle nourrissent son travail en constante évolution.  Sa peinture, entre figuration et abstraction, n’est pas une représentation de l’humain dans son enveloppe charnelle mais nous montre notre «moi intime», spirituel. En constante évolution, son désir d'échanges l'a amené à travailler en collaboration avec d'autres créateurs tels que des stylistes, danseurs contemporains, poètes.
Etablie depuis 3 ans à Tunis, elle découvre, tout comme les maîtres passés par ces lieux, la céramique où elle excelle très rapidement et crée des sculptures émaillées ainsi que des installations. De la France à la Belgique, en passant par les Etats Unis, le Maroc et la Tunisie, ses toiles font partie de collections privées dans plusieurs pays. En 2013, elle fonde « Le Lieu » à Tunis, son atelier ouvert sur des découvertes et échanges d'artistes. Véronique présentera le 1er juin sa nouvelle exposition personnelle au « Lieu », (rue Mohamed Abdelwahab), Gammarth :A L C H I M I E, fruit de son immersion  artistique en Tunisie, pays qui  lui a insufflé le "désir de terre"  .

 

 Le Temps : pourriez-vous nous parler de votre parcours d’artiste plasticienne ?
 Véronique Engels : j'ai un parcours d’autodidacte, la peinture est venue assez tard vers  30 ans. Rien ne me prédestinait à avoir une carrière d’artiste, et si à 18 ans on m'avait dit qu'un jour je vivrai de mon art, je pense que J’aurais juste ri sans le croire ...A partir du moment où je suis partie en Inde  pour une année, c'était il y a presque 20 ans, ma vie a changé ; je ne  peux expliquer ce qui s'est passé, mais un choc certain. J'y allais  pour des recherches personnelles, la spiritualité, et en fait j'y ai  découvert le monde, ou l'humain, avec toutes les limites que nous  nous mettons ... Ce fut pour moi un voyage très éprouvant ...
Lorsque je suis rentrée en France, je ne pouvais plus vivre de la même façon, c'était devenu impossible pour moi. J'ai néanmoins continué de travailler dans l'immobilier et j'ai commencé à regarder mes carnets de voyages et les écrits de l'Inde. Très peu de temps après, je suis allée en Jordanie et là, deuxième choc : sur le mont Nebo, je voyais des couleurs, des graphismes, et j'ai commencé à créer. Lorsque je suis rentrée de ce voyage j'ai montré quelques dessins à une amie qui m'a proposé de les exposer, c'était pour le marché des créateurs à Lille et c'est là que tout a commencé : une galerie s'est intéressée à mon travail, m'a exposée et cela ne s'est plus arrêté jusqu'à maintenant. Je suis passée du dessin à l'encre de chine à la toile, la matière, la peinture ...
J'ai ensuite vécu une dizaine d'années au Maroc, à Marrakech, là où ma peinture a changé aussi. Elle est devenue plus profonde, une belle expérience, des interactions avec d'autres artistes, danseurs, chorégraphes, stylistes, et maintenant depuis trois ans à Tunis où j'explore la céramique et la sculpture, en plus de la peinture.
*Comment qualifieriez-vous vos œuvres ?
-Je pense que je travaille l'humain, l'expressionnisme, l'âme, c'est ma recherche, le lâcher prise est obligatoire pour sortir l'essence d'une œuvre, sa force. Finalement, qu'est ce qu'une œuvre d'art ? Une vibration transcendée. Une œuvre ne parle pas à l'œil uniquement, son ressenti est une résonance d'âme à âme, c'est cela qui nous émeut. Il n'y a pas besoin de discours, on ressent !
*Vous avez commencé la peinture sur un coup de tête. Est-il facile pour un artiste autodidacte de s’immiscer dans ce monde de l’art ?
-Je ne pense pas que c'est sur un coup de tête, c'était là mais caché, on se met beaucoup de limites et le jour où l'on ôte le voile de  l'illusion,   on retrouve nos pouvoirs créateurs ...C'est très difficile le monde de l'art, surtout en France, nous sommes si nombreux, sortir du lot est presque une mission impossible, il faut beaucoup de travail et plus de détermination ; le talent ne suffit pas, il en faut certes pour faire la différence mais il faut se battre et que l'art soit votre raison de vivre, sinon on ne tient pas le coup !
*Qu’aimeriez- vous que les gens ressentent en regardant vos œuvres?
-Je voudrais qu'on entre comme ça dans une œuvre d'art simplement, comme rentrer chez soi ! Et laisser faire le ressenti, sans chercher un  intellectualisme, c'est le cœur qui doit parler.
*Une toile, est-ce un pan ou une partie de votre vie ?
-Bien sûr ! Toutes les toiles sont des portions de ma vie, des expérimentations, des instants transcendés, c'est l'alchimie de notre être, enfin la mienne en tout cas ! La peinture est un médium, la recherche et le développement personnel font  partie du travail du peintre, de l'artiste, mettre en forme une vibration qui n'a pas de matière, c'est extraordinaire !
*Dans vos œuvres, qui mène le jeu, la raison ou le sentiment ?
-Le cœur ! Ceci à comprendre dans le sens de la connaissance, la  spontanéité, le lâcher prise ! La raison quelle horreur ! C'est ce qui nous empêche de vivre les choses, ce sont nos limites !
 *Les   personnages  de  vos  tableaux  n'existent  pas  dans  le monde  réel, et pourtant ils sont assez proches de nous. Qu’en pensez-vous ?
-Oui,  ils sont nous ! Nous sommes humains sans limites, nous l'avons parfois oublié,  c'est  cela  se  retrouver.  "Humain"  ce mot est  magnifique ! nous sommes  faits  de  80%  de  vibrations,  c'est incroyable,  nous  ne pouvons  pas passer  à  côté  de  cela  ! Nous  ressentons,  n'est  ce  pas ? Qu'y  a  t-il  de  plus important dans la  vie et que nous  gardons  finalement dans nos  souvenirs ? Les émotions n'est ce pas ? Se fermer aux émotions est pour moi, contraire à la vie ...
*A part l’art abstrait, explorez-vous d’autres voies ?
-Il n'est pas abstrait , c'est du figuratif , mais pas dans un mode représentatif de  ce  que  nous  voyons avec l'oeil,  puisqu'il  s'agit  de  choses immatérielles  à mettre  sur  un support ... Là,  j'explore la céramique, la  terre, la sculpture,  je découvre l'alchimie dans  la  matière. Travailler  avec  le  feu  c'est  énorme,  1000 degrés ça change  tout, ça  fusionne, il  y  a là les éléments qui  jouent avec vous  !
Après  cette  exposition "Alchimie", je prépare une suite avec de grandes sculptures  et  du  visuel  3D  aussi  en installation,  un  univers  à créer, il n'y a pas de limites dans la créativité ;   enfin, je m'y essaye en tout cas ! Et ça se fera ici à Tunis, j'aime ma vie ici  et je me sens à l'aise. J'aime les gens que je rencontre, l'énergie est là, il faut peu de choses pour que la Tunisie devienne un vrai lieu de rencontres artistiques. Une énergie ne se prend pas, ni ne se donne. Elle se partage, il faut qu'elle circule, et l'histoire de la Tunisie est suffisamment métissée pour gagner ce pari de l'ouverture

 

Kamel Bouaouina