Les adolescents tunisiens sont très exposés à la dépression autant que ceux des autres pays - Le Temps Tunisie
Tunis Mardi 18 Septembre 2018

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2018

Santé : La dépression nerveuse, le mal endémique de l’après révolution

Les adolescents tunisiens sont très exposés à la dépression autant que ceux des autres pays

Samedi 31 Mai 2014
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Un récent rapport publié par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a affirmé que la dépression est la principale cause de maladie et de handicap des jeunes âgés de 10 à 19 ans, ajoutant que les trois principales causes de décès des adolescents dans le monde sont les accidents de route, le sida et le suicide. Cependant, les problèmes de santé affectant les adolescents, d’après ce rapport, sont liés au tabac, à la consommation de drogue et d’alcool, au sida, à la santé mentale, à la nutrition, à la sexualité et à la violence.
Dans un entretien, le psychiatre Lyès Sraïri nous a indiqué «qu’en Tunisie, on peut penser que ces données sont valables, en l’absence d’études spécifiques, mais il faudrait y apporter un certain nombre d’éclairages spécifiques à notre société arabo-musulmane et à un moment de transition que connaît notre jeunesse, sur le plan politique, social et culturel. »
« Si les problèmes liés au tabagisme et à la consommation d’alcool sont légions, depuis longtemps, a déclaré le Docteur Sraïri, il est malheureux de constater que le fléau de la consommation de stupéfiants et de substances  psycho – actives est en augmentation exponentielle, dans notre pays, avec tous les dégâts qui y sont liés sur les plans de la santé mentale, mais aussi comportemental, illustrés par des accidents de divers ordres, difficultés relationnelles, agressions physiques… »
«Pire, a-t-il ajouté, la violence qui fait partie du comportement dit pseudo – psychopathique, en rapport avec la période d’adolescence est en ascension vertigineuse. Cela est dû à des causes conjoncturelles (période post- révolution où la violence est banalisée et constitue un mode de transition et de changement d’une société en mal de repères), mais aussi à des causes plus profondes, plus structurelles, représentées par une modification de la structuration de base de la société qui se noyaute, ce qui alourdit la tâche parentale. Les parents n’ont d’autre choix, devant la lourdeur de la tâche, que la  démission. Cette jeunesse livrée à elle-même, en manque de repères, donne alors libre cours à ses instincts agressifs, entre autres. »
Rôle de la communication
«Dans ce cadre, a encore dit le Docteur Sraïri, il est important de noter le fléau grandissant et effrayant de l’échec et de l’abandon scolaires qui constitue , actuellement, un véritable problème social à régler au plus vite. »
«Les accidents de la route, dans cette tranche d’âge, comme dans tous les pays du monde, sont ,en Tunisie, liés à la conduite en état d’ébriété, ou sous l’emprise de substances psycho-actives, ainsi qu’à la traduction motorisée de ce désir de sensation de liberté que procure la vitesse lors de la conduite automobile, a expliqué le docteur Sraïri, ajoutant que « le problème du sida représentera, de plus en plus, malheureusement et inéluctablement, un souci supplémentaire à avoir, dans cette tranche d’âge, en Tunisie, et ce, devant la libéralisation de plus en plus poussée des mœurs, avec un accès de plus en plus fréquent et de plus en plus précoce aux pratiques sexuelles, face à une sensibilisation quasi absente.
S’agissant du suicide, le Docteur Sraïri a souligné que «le suicide est un problème psychiatrique par excellence, toutefois, il y a le suicide réactionnel, chez un adolescent en plein malaise, désorienté, déboussolé, et il y a le suicide qui fait partie d’une pathologie psychiatrique, (troubles de l’humeur, schizophrénies, troubles obsessionnels compulsifs sévères…).
A cet égard, et concernant en particulier le deuxième groupe de suicide, il a appelé les familles à faire examiner précocement leurs enfants, par des spécialistes, dès l’apparition des tout premiers symptômes,  alors que pour le suicide réactionnel, a-t-il noté, le problème est plus délicat, car les troubles comportementaux sont noyés dans un malaise général plus difficile à cerner, voire à diagnostiquer.
Il a insisté sur la nécessité de multiplier les structures de prises en charge des troubles comportementaux liés à l’adolescence, et de mener des campagnes de sensibilisation des parents et des adolescents, au niveau des établissements scolaires, ainsi que dans les médias, et ce de manière continue.
Le Docteur Lyès Sraïri a mis l’accent, également, sur l’importance d’établir une meilleure communication entre les parents et les enfants, ainsi que sur la nécessité  de renforcer les structures d’écoute et de prise en charge médicalisées ou pas, afin « de faire dépasser à nos jeunes, une des périodes les plus difficiles de leur vie, avec le minimum de dégâts. »

Salah  BEN HAMADI